47e congrès de la CGT : Un recentrage pas encore digéré

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Face à une direction depuis longtemps social-démocrate, l’avenir de la CGT est dans ses sections syndicales combatives. Quelles avancées et quels reculs politiques retenir du 47e congrès confédéral, qui s’est tenu à Montpellier du 24 au 28 mars ?

Du 47e congrès de la CGT, on pourrait se contenter de dire, sans grande originalité, que le recentrage entamé au 45e congrès, en 1995, se poursuit. Les différentes motions d’orientation adoptées ne constituent pas une « trahison » flagrante (lire Alternative libertaire n°115), mais un glissement révélateur des dispositions d’esprit de la direction confédérale.

Ainsi les « 37,5 annuités de cotisation-retraite » ne sont pas abandonnées, mais reléguées au second plan, la boussole revendicative devenant la défense de la retraite à 60 ans à taux plein, ce qui n’a en soi rien de scandaleux... mais fait craindre bien des compromissions à l’avenir. Ainsi le « nouveau statut du travail salarié » devient la revendication centrale contre le chômage, la précarité et les licenciements, d’une CGT dont la direction n’avait pas appuyé le mouvement antilicenciements (Lu-Danone, etc.) du printemps 2001.

Mais le danger pour la CGT est moins dans l’ambivalence de ses axes revendicatifs que dans la composition de sa direction confédérale, très liée au PCF malgré les prises de distance inéluctables. La vision stratégique de la bureaucratie CGT est bornée par le « débouché politique » éventuel qu’entraînerait un affrontement central avec l’État et le capital. Or, en l’absence d’une alternative gouvernementale de type gauche plurielle ou union de la gauche, la CGT évitera de « confédérer » les luttes pour les rendre trop dangereuses. On n’a donc pas fini de voir se succéder les journées d’action par profession, déconnectées les unes des autres !

 

Une opposition sans boussole

La réforme des cotisations, elle, semble en route. Mais devant le tollé provoqué par le projet initial, la direction a reculé et s’est contentée de soumettre au vote un « processus de construction du nouveau système de cotisations » qui aboutira lors d’un congrès extraordinaire, sans doute à Montreuil l’année prochaine. Proposition adoptée de justesse à 51,5 %. Il n’en reste pas moins que l’esprit de cette réforme est d’affaiblir l’autonomie des structures au sein de la CGT, pour mieux neutraliser d’éventuelles fédérations ou unions départementales oppositionnelles.

Et justement, que dire de l’opposition à la ligne Thibault, ces fameux 25% qui ont voté contre le rapport d’activité ? De nombreux militant(e)s CGT sont désorienté(e)s par la rhétorique de « proposition-négociation » utilisée par la direction confédérale, et bien souvent en décalage avec la culture confrontative des sections de base. Les critiques acerbes contre les bureaucrates ne sont plus l’exception : on fustige l’entrée dans la très libérale Confédération européenne des syndicats en 1999, la compromission dans le comité intersyndical d’épargne salariale depuis 2001, l’inaction confédérale pendant le mouvement antilicenciements du printemps 2001, etc.

Dans cette opposition assez diffuse, les militant(e)s du Parti des travailleurs [1] ou un courant comme Continuer la CGT, très marqué « stal », essaient de cristalliser les mécontentements autour de thèmes emblématiques de la trahison de la direction confédérale, comme la défense des 37,5 annuités de cotisation-retraite.

La limite essentielle de ces courants - outre leur pratique de fraction assez pénible - est que, héritiers du léninisme, leur principal axe d’intervention est la surenchère par rapport au PCF, mais qu’ils sont finalement dépourvus d’un projet syndical alternatif à celui de la direction confédérale. Or on peut reprocher à la direction confédérale d’être social-démocrate, mais au moins elle a la volonté de doter la CGT d’un projet syndical autonome, ce qui n’avait pas été le cas depuis bien longtemps. Du coup ce type d’opposition se fait assez facilement ringardiser.

 

Des éléments positifs ?

Que tirer de positif du congrès ? La réflexion sur l’interprofessionnel qui avance, avec la remarquable intervention d’André Fadda, secrétaire général de l’Union syndicale multi- professionnelle (USM-CGT), créée en 1999 à Saint-Nazaire pour répondre à l’incroyable éclatement du salariat sur les Chantiers de l’Atlantique - 4 500 salariés d’Alstom Marine et 8 500 salariés répartis entre 840 sous-traitants - et qui a déjà à son actif une lutte victorieuse (augmentation de 300 euros de salaire net) des ouvriers indiens particulièrement discriminés, et la syndicalisation de plusieurs dizaines d’entre eux.

Et c’est bien là ce qui continue de faire l’intérêt de la CGT : des militant(e)s de base qui bien souvent mouillent la chemise pour faire avancer les droits et l’organisation des travailleur(se)s... en dépit des sales coups de la bureaucratie. Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler lors des Rencontres libertaires syndicalisme et mouvement social d’Alternative libertaire du 3 mai.

Des militants communistes libertaires de la CGT

[1Avec la finesse qui les caractérise, les trotskystes « lambertistes » du Parti des travailleurs ont le chic pour faire l’unité... contre eux. Représentant sans doute une dizaine de délégués sur mille, ils ont réussi à monopoliser la parole pendant plusieurs séances. Ils ont en tout cas servi de repoussoir à la direction de la CGT pour faire avancer ses positions. Une déléguée du Textile, téléguidée sans doute par la direction, s’est ainsi attaquée au micro à la « minorité organisée qui confisquait les débats » et a récolté une longue ovation debout des centaines de délégué(e)s exaspéré(e)s par les grossières manœuvres des « Lambert ».

 
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