49e congrès : Les quatre sensibilités de la CGT

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À moins de deux mois de son congrès, la CGT donne le sentiment d’une direction CGT « chérèquisée » en bloc et sourde aux attentes de la fraction la plus combative de sa base. La réalité est plus complexe, et l’on peut distinguer en fait quatre sensibilités cohabitant à la direction de la centrale de Montreuil.

Depuis plusieurs mois, la direction confédérale de la CGT a pris le parti d’ignorer ce qui se passe sur le terrain. Officiellement, on « comprend », sans les encourager, les formes de lutte les plus radicales (séquestrations, actions coup de poing, etc.). Le décrochage entre Bernard Thibault et une base remuante gêne même la direction.

Pour atténuer cette image, les Molex avaient été choisis pour incarner l’unité de toutes les composantes de la CGT autour d’une lutte qui devait être gagnante, puisque les déclarations de Sarkozy et les gesticulations d’Estrosi laissaient espérer une issue heureuse. Les Molex se sont ainsi retrouvés invités d’honneur au comité confédéral national CGT de fin août et recevaient début septembre le secrétaire général.

Las ! Les Molex ne seront qu’une quinzaine (peut être 50 à 60 dans « un proche avenir ») sur 283 à retrouver un emploi chez le « repreneur ». Molex ne sera pas le Stalingrad de la crise du capitalisme !

Réformistes et anticapitalistes

Le prochain congrès de la CGT, du 8 au 11 décembre à Nantes, ne devrait pas non plus faire trembler le CAC 40. Les oppositions intégrées [1] semblent avoir complètement renoncé à porter le fer. Quatre grandes familles de syndicalistes CGT sont confrontées au projet d’orientation soumis au congrès. Les discerner n’est pas toujours évident car aucune n’est structurée en courant et que, de surcroît, chacune a des points communs et des divergences avec les trois autres :

– une première sensibilité réformiste est celle de la direction confédérale qui, soutenue par des fédérations comme les Finances, la Métallurgie ou le Textile, défend sans le dire très clairement l’idée d’un « syndicalisme sociétal » en phase avec les grands sujets « progressistes », tels le développement durable, le changement climatique, la lutte contre l’homophobie, la défense des sans-papiers ;

– la seconde sensibilité réformiste est plus dans l’idée d’un syndicalisme de services – aide individuelle au syndiqué – et s’appuie sur les fédérations les plus corporatistes (Mines-Énergie, Cheminots). Elle se satisfait pleinement de l’apolitisme et conteste toutes les luttes qui ne sont pas directement tournées vers l’amélioration de la condition des syndiqué-e-s ;

– une sensibilité « anticapitaliste », surtout souverainiste, n’est pas loin de penser la même chose. La plupart des militants du PCF, du PG, du POI et des courants souverainistes de gauche (présents dans des fédérations comme l’Agro-alimentaire, la Chimie, la Construction), combattent la vision « sociétale », en rejoignant plus souvent des positions corporatistes.

– enfin une deuxième sensibilité anticapitaliste, internationaliste, elle, (bien implanté dans les fédérations de l’Éducation et du Commerce), s’oppose à l’orientation réformiste de la direction, tout en s’intéressant aux sujets sociétaux qu’elle porte. La jonction avec le courant souverainiste est donc difficile.

Alors que les enjeux sont colossaux (voir ci-dessous), aucune de ces sensibilités n’aborde le congrès de Nantes avec des propositions cohérentes.

Isidora Navarro (AL Transcom)

[1] Lire Alternative libertaire d’octobre 2008.

 
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