52e congrès confédéral CGT : Les syndicats poussent vers la gauche !

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Revendications, gilets jaunes, grève générale, lutte des classes, anticapitalisme, internationalisme ont dominé les interventions des délégué·es durant cinq jours de débats. À de nombreuses reprises, les délégué·es des syndicats ont manifesté bruyamment leur défiance vis-à-vis de la direction confédérale, mise en échec sur plusieurs votes. À gauche toute ?

Lors du discours d’ouverture (1 heure 40 tout de même), le secrétaire général, Philippe Martinez, dans un souci de déminage, avait évoqué tous les problèmes posés à la CGT, mais sans proposer la moindre réponse. Cela n’aura pas suffi. Les documents d’orientation étaient relativement insipides, excessivement longs et souvent contradictoires. Ils avaient néanmoins été un peu colorés par l’intégration d’environ la moitié des amendements déposés par les syndicats. Ainsi, l’amendement prévoyant une grève pour la journée mondiale des droits des femmes, le 8 mars, a été intégré.

En exigeant un vote sur certains amendements repoussés, les congressistes ont plusieurs fois failli mettre en minorité la direction, et ont parfois imposé un ajout. Le tout dans une ambiance électrique où le bureau de congrès a fait refaire deux votes, payant cher chaque petite manœuvre ou posture autoritaire.

Pour de la clarté sur l’unité syndicale

Avec Martinez, la notion de «  syndicalisme rassemblé  » n’est plus tout à fait la même que du temps de Viannet-Thibault – où il s’agissait d’obtenir l’accord de la CFDT avant de décider d’un objectif. La formule continue pourtant de faire vibrer de colère une bonne moitié de la salle. Non sans confusion avec des amendements franchement sectaires et d’autres qui évoquent plus justement la recherche de l’unité sur des revendications claires.

Syndiquer les étudiantes et étudiants ?

Alors qu’il existe déjà quelques syndicats CGT d’étudiant·es reconnus par leur union locale (UL) ou leur union départementale (UD), plusieurs motions ont mis le dossier sur la table. La direction a obtenu le rejet de la proposition en expliquant qu’elle briserait l’unité avec les organisations de jeunesse existantes. L’actuelle implosion de ce qu’il reste de l’Unef pourrait cependant con­tribuer à changer la donne.

Passe d’armes sur l’Internationalisme

Les partisans d’un retour de la CGT dans la Fédération syndicale mondiale (FSM) [1] avaient promis de faire du sujet « la mère des batailles ». Ils et elles ont dû en rabattre. La direction a joué finement (comme quoi elle peut parfois !), par exemple en invitant un syndicaliste indépendant iranien, tout juste sorti de prison et en butte au syndicat d’État iranien affilié à la FSM... Au final, les pro-FSM n’ont pas osé soumet­tre au vote ni un retrait de la CGT de la Confédération européenne des syndicats (CES, sociale-libérale) ni un statut d’observatrice à la FSM. Ils et elles se sont contentés d’une victoire symbolique : l’ajout de « FSM » dans une phrase qui stipulait déjà que la CGT travaillerait avec les syndicats combatifs, quelle que soit leur affiliation internationale.


Lire « Syndicalisme international : Un panorama pour y voir clair », AL septembre 2018.


Stratégie d’action et gilets jaunes

Beaucoup d’interventions ont reproché à la confédération de ne pas avoir de plan de mobilisation ni de revendications claires. Si la majorité prenait soin de préciser qu’il n’y a pas de bouton magique pour déclencher la grève générale, la réponse a globalement été que la confédération n’était pas là pour « piloter » mais pour « soutenir » les luttes. Cela éclaire la frilosité de l’appareil. Sur les gilets jaunes, c’est la stratégie illisible de la CGT qui a été dénoncée. D’autant que certaines et certains délégués ont donné des exemples de convergences réussies, voire de renforcement syndical grâce aux liens tissés.

Le casse-tête des syndiqué·es isolé·es

Plus de 80 000 isolé·es, rattaché·es à aucun syndicat, n’ont jamais voix au chapitre, et leurs mandats sont accaparés à l’occasion des congrès. Pour résoudre ce problème, la direction confédérale pousse à la création de syndicats multiprofessionnels. Mais si ces structures (en fait des mini-UL) peuvent être un tremplin, elles ne règlent en rien le problème posé par le modèle dominant, le syndicat d’entreprise, dont chacun constate qu’il n’est viable que dans les très grandes entreprises. Un syndicat d’Airbus a pour sa part choisi de se muer en « syndicat de site » pour englober les sous-traitants. Proposant de réfléchir aux avantages du syndicat local d’industrie, le SGLCE (Livre parisien) a vu son amendement rejeté au prix d’une manipulation grossière, le bureau de congrès affirmant qu’il n’était pas question d’imposer un « modèle unique » ...

Blocage de la zone industrielle de Babeuf, en Normandie, en 2016, par un piquet CGT.

Recul sur les comités régionaux

La montée en puissance des comités régionaux, adaptés aux nouvelles régions administratives, était entourée de mille précautions : les UL et UD restent théoriquement primordiales dans les territoires. Les délégué·es ont pourtant tiré à boulets rouges contre le projet de la direction, l’accusant à juste titre de vouloir caporaliser la CGT, créer de nouvelles couches bureaucratiques, copier la CFDT, siphonner des moyens déjà insuffisants pour les UL et UD... La direction a préféré jeter l’éponge et a repoussé la question au prochain congrès.

Autour de la commission exécutive confédérale

Pendant le congrès confédéral, du 13 au 17 mai, un billet d’analyse a été publié chaque jour sur le blog des Communistes Libertaires de la CGT.

Après tant de tensions, les congressistes ont néanmoins largement validé la liste présentée à la commission exécutive confédérale (CEC), malgré une bataille pour maintenir quatre noms refusés – trois sortantes et un postulant. Ce dernier, porté par l’UD de la Seine-Maritime, issu de l’extrême gauche et acteur virulent des débats, n’a trouvé grâce ni auprès de la direction ni auprès des congressistes. Le candidat porté par l’UD du Val-de-Marne, tout aussi virulent, mais intégré par la direction, était lui protégé par son appartenance au PCF... Il y a là un danger pour la CGT : confondre le retour à des positions radicales avec le retour aux vieilles complicités CGT-PCF.

Faire vivre cette poussée à gauche sur le terrain

Comment la direction va-t-elle tenir compte des débats ? Avec seulement 70 % d’approbation des orientations confédérales, un chiffre analogue à celui de Marseille en 2016, on constate la stabilité d’un socle – certes hétéroclite – de 30 % de délégué·es réclamant une CGT plus combative. Et cela malgré le filtrage en amont dans la désignation des délégué·es.

Obligé d’en tenir compte, le congrès a donc adopté un appel final reprenant des amendements pourtant refusés : défense plus ferme des régimes de retraites, amnistie des gilets jaunes...

Le congrès a en tout cas ma­gistralement repoussé l’idée que la CGT devrait être moins revendicative pour reconquérir la ­place de première organisation syndicale. Reste à faire vivre cette poussée à gauche dans nos syndicats et structures interpro.

Des militantes et militants d’AL syndiqué·es CGT.

[1Lire « Syndicalisme international  : un panorama pour y voir clair », Alternative libertaire, septembre 2018. La FSM y était qualifiée de «  curieux attelage syndicalo-étatique  ».

 
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