Afghanistan : Une guerre d’occupation est une guerre perdue

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Nicolas Sarkozy peut bien rajouter 1 000 soldats dans le bourbier afghan, l’Otan ne peut que s’enliser dans un pays qui ne veut plus de la pax americana.

La mort de dix soldats français a remis la question afghane au centre des débats politiques. Présentée comme une nécessité face au terrorisme, comme un combat pour le droit des femmes, cette guerre a d’autres objectifs, sans rapport avec les discours officiels.

Quand, en décembre 1979, l’URSS envahissait l’Afghanistan, il s’agissait d’éviter que le régime afghan à sa botte soit défait par les chefs de guerre hostiles aux réformes que le pouvoir prosoviétique mettait en place (alphabétisation, droit des femmes, réforme agraire). L’échec de cette politique s’est concrétisé, d’abord par le retrait de l’Armée rouge en 1989, puis par l’écroulement du régime prorusse en 1992.

Le parallèle avec l’intervention occidentale est facile à faire. Après une phase de chaos, le pays a été « pacifié » par l’arrivée au pouvoir des talibans. En 2001, les États-Unis les ont chassé en s’appuyant sur l’Alliance du Nord, une coalition hétéroclite de chefs de guerre hostiles aux talibans. Dans un premier temps le succès est évident. Mais le régime mis en place par les États-Unis sous la présidence d’Hamid Karzaï est largement inefficace, corrompu, otage de tous les chefs de guerre.

Les droits des femmes, quel beau prétexte

Non seulement le gouvernement ne contrôle qu’une petite fraction du territoire, mais là où il est présent la défense des droits de femmes ne fait pas partie de ses actions. On citera l’exemple de la prison gouvernementale de Lashkar Gah dont deux tiers des prisonnières ont été condamnées pour relations sexuelles illégales… et qui sont en fait des victimes de viols.

Par contre le gouvernement afghan privatise à tout va les entreprises publiques et crée les conditions juridiques et fiscales pour attirer des investissements étrangers. Ainsi en 2007 l’entreprise chinoise China Metallurgical Group Corporation a remporté l’appel d’offre du ministère des Mines et des Ressources naturelles portant sur l’exploitation de la mine de cuivre Ainak. Car l’Afghanistan est potentiellement très riche : il regorge littéralement de métaux, plomb, zinc, alumine, molybdène, tungstène, chromite, baryte, étain, lithium, tantale, sans oublier le fer et le cuivre. Il possède aussi d’importants gisements de gaz naturel (estimés à 2 520 milliards de mètres cubes).

Aujourd’hui les résistants à l’occupation ne se limitent pas à Al Qaïda, ni même aux talibans. L’alliance anti-Karzaï regroupe de plus en plus de seigneurs de la guerre semi-autonomes, non seulement pachtounes, mais aussi ouzbeks ou tadjiks, ainsi que des groupes de moudjahiddines qui avaient bouté l’armée soviétique hors d’Afghanistan, tels le Hezb-e-Islami, dirigée par M. Hekmatyar ou l’ultra-orthodoxe mollah Mohammed Younès Khalid. Il faut y ajouter des combattants venus des districts tribaux du Pakistan frontaliers avec l’Afghanistan. Les Soviétiques, avec 250 000 soldats, n’ont jamais pu défaire ces combattants qui utilisent le terrain montagneux afghan. Une victoire de l’Otan avec 70 000 soldats est… improbable.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
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