Allemagne : Strike Bike : une usine sans patron ni hiérarchie

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Une partie du personnel de Bike Systems fonde Strike Bike et reprend la production de vélos. Leur slogan : « Nous sommes “increvables” ».

Une vingtaine des 135 ex-salarié-e-s de la société Bike Systems GmbH liquidée l’année dernière par l’investisseur financier états-unien Lone Star relance la production de vélos à Nordhausen, une petite ville dans le land de Thuringe en Allemagne (ex-RDA). Le coup d’envoi de la production des 2 000 exemplaires de la série limitée baptisée « Volksrad - Black or Red Edition » (Vélo du peuple, édition noire ou rouge) a été donné symboliquement le 1er mai.

La reprise d’activité rappelle les souvenirs des quelques mois d’occupation de l’usine par laquelle le personnel s’était opposé entre juillet et novembre 2007 à la fermeture de l’usine. À ce moment, plus de 1800 vélos appelés « Strike-Bike » avaient alors produit en autogestion. Cela avait déclenché une vague de solidarité bien au-delà des frontières allemandes (voir Alternative libertaire de novembre 2007).

Depuis, beaucoup de choses se sont passées. Dans un premier temps, ce sont les espoirs de voir l’entreprise être reprise qui s’envolent lorsque à la mi-novembre, en l’espace de 14 jours, toutes les machines de l’usine sont démontées et transportées vers la Hongrie. Toutefois, les travailleurs et travailleuse de l’entreprise parviennent à sauver du démontage une ligne de production de vélos, « vieille mais techniquement encore très bonne », raconte André Kegel, l’un des « gérants » de la toute nouvelle Strike Bike GmbH (équivalent d’une SARL). Avec l’achat de cette installation, la base de la fabrication de nouveaux vélos était posée.

En mars, la Strike-Bike GmbH est créée et 21 ex-salarié-e-s y sont embauchés à long terme. Difficile de savoir d’où vient le financement de cette nouvelle SARL et pourquoi seulement un si petit nombre de salarié-e-s y retrouvent leur travail : le communiqué du personnel ne le dit pas, pas plus que les différents articles de presse consacrés à cette reprise.

On y apprend tout de même que tous et toutes touchent le même salaire quelle que soit leur fonction, « D’abord 1 000 euros nets, dans l’espoir de pouvoir bientôt se payer plus », et que, sur les questions d’organisation du travail ou du développement de la production, les décisions sont prises de manière collective et égalitaire.

Bien sûr la nouvelle entreprise s’intègre dans le modèle capitaliste et les lois du marché, mais par leur mode d’organisation, de redistribution des recettes et de prise de décision, les ouvriers et les ouvrières de Strike-Bike contribuent à esquisser une alternative aux logiques actuelles. Reste à voir si les principes de base seront maintenus et si la solidarité nécessaire au succès de cette première série de vélos sera au rendez-vous.

Émilie (AL Saint-Denis)

 
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