Allemagne : Une victoire peut en cacher une autre

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À Berlin, la Freie Arbeiterinnen Union-AIT (FAU), un syndicat anarcho-syndicaliste, avait été interdite comme organisation syndicale en janvier. Mais la résistance s’organise, non sans succès, en dépit d’un climat social tendu.

À Berlin, trois conflits durent depuis des mois, sans lien apparent entre eux, mais qui éclairent le contexte social du pays. Le premier concerne l’interdiction du petit syndicat anarcho-syndicaliste FAU, par le tribunal de Berlin ; le second, le licenciement d’une caissière gréviste dans un grand supermarché berlinois pour le vol d’un euro et trente centimes ; le troisième a trait à l’exclusion des délégués du personnel du syndicat IG-Metall, chez Mercedes (Berlin), qui avaient été élus sur une liste syndicale oppositionnelle en mars 2010.

Le FAU a soutenu depuis longtemps les activités des travailleurs d’un cinéma berlinois, connu pour son programme « de gauche », bénéficiant du soutien financier et politique de la mairie de Berlin, et surtout du Linkspartei [1]. Le directeur du cinéma est le fils d’un ancien politicien de la RDA. Avec tous les moyens juridiques et sociaux à sa disposition (comme par exemple ne pas prolonger les contrats des intérimaires), il a essayé de casser l’influence de la FAU parmi les jeunes salarié-e-s, avec l’aide de responsables du syndicat Ver.di [2]. Le tout a abouti, en janvier dernier, à un premier jugement interdisant l’existence de la FAU, en tant qu’organisation syndicale.

Un comité pour la liberté syndicale s’est alors constitué, incluant une plateforme « pour une autre idée de syndicalisme de base et démocratique ». Une résistance aux décisions patronales, relayées par l’État, n’est pas un cas isolé : dans les deux autres conflits évoqués, les travailleurs ont fait jouer la solidarité. Emmely, a ainsi lutté avec l’appui d’un comité composé de syndicalistes de gauche, d’autonomes et de divers collectifs cinématographiques, comme Kanal B. Quant aux syndicalistes de Mercedes, ils ont été soutenus par un autre comité, regroupant des membres du syndicat IG-Metall et de Ver.di, qui défendent la liberté d’opinion et d’action à l’intérieur du syndicat.

À chaque fois, le soutien a pris une grande ampleur. En ce qui concerne la FAU, il a gagné une audience nationale et internationale – ce fut aussi le cas pour le conflit entre Emmely et ses patrons, devenu en Allemagne une sorte de point de rencontre, afin de protester contre les mesures censées répondre à la crise.

Ces derniers mois, une vraie coopération est donc apparue, entre divers courants politiques et associatifs, événement nouveau, à Berlin. Une ouverture d’esprit avec un seul objectif : créer un syndicalisme de base, où les travailleurs et les chômeurs ont le dernier mot, et non les bureaucrates. Cette dynamique a été fortement influencée par le comité pour la réintégration d’Emmely, qui a donné l’exemple d’une activité efficace, radicale, continue et solidaire. D’ailleurs, des membres du comité pour Emmely ont aussi été à l’initiative du comité pour la liberté syndicale. Le même jour (10 juin 2010), deux procès ont eu lieu, contre l’interdiction de la FAU (en appel à Berlin), et contre le licenciement d’Emmely (à Erfurt). Avec des résultats inattendus, mais fantastiques. La FAU a gagné et est reconnue finalement comme un syndicat. Pour Emmely, c’est aussi une victoire : au terme d’un procès très médiatisé, elle doit être réintégrée dans son poste, avec tous ses droits et ses salaires.

Une ambiance solidaire et heureuse régnait donc à Berlin. Emmely a précisé, dans une interview au Bild, qu’elle était très contente du succès de la FAU, qui avait soutenu sa lutte. Mais les syndicats cogestionnaires ne se laissent pas abattre pour autant : ils sont en train de préparer, avec les organisations patronales, une loi pour empêcher la multiplication de syndicats radicaux ou de syndicats professionnels qui contestent le principe de la cogestion.

Willi (Berlin)

[1Le « Parti de gauche » allemand.

[2« Syndicat uni des services », le premier syndicat allemand.

 
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