Anticapitalisme : des remises en cause nécessaires

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Point n’est besoin d’être devin pour prévoir une rentrée calme. Les motifs de mécontentement ne manquent pourtant pas. Mais le gouvernement multiplie les contre-réformes sans rencontrer d’obstacles. Face à l’actuelle impuissance syndicale, le débat sur l’avenir du syndicalisme de classe est à l’ordre du jour.

Il est loin le temps où Raffarin appelait Sarkozy au secours pour éteindre le feu dans l’Éducation nationale. C’était en mai-juin 2003. Et toute la droite était soudée derrière Raffarin. La paix sociale étant de rigueur, les appétits de pouvoir peuvent de nouveau s’en donner à cœur joie.

Il n’y aura pas d’échéance électorale avant 2007, si ce n’est le référendum sur la constitution européenne qui, même s’il débouchait sur la victoire du non, ne modifierait en rien la politique gouvernementale.

UMP, UDF et direction du Parti socialiste s’efforcent de dramatiser le plus possible l’hypothèse d’une victoire du non en évoquant le spectre d’une crise politique majeure. Certes, une telle crise serait problématique pour la classe politique, encore qu’elle pourrait être surmontée par un réaménagement de la constitution sans que l’essentiel ne soit affecté.

Pour notre part, nous souhaitons que ce non l’emporte et qu’il soit un non anticapitaliste et internationaliste. C’est pourquoi nous entendons joindre notre voix à toutes les forces qui s’inscriront dans cette perspective et nous ferons tout pour qu’à l’échelle européenne les libertaires fassent entendre leurs voix dans ce sens en mettant également l’accent sur l’alternative fédéraliste autogestionnaire que nous voulons construire.

Si cette échéance politique ne doit pas être snobée par les anticapitalistes, il est clair pour nous que c’est d’abord sur le terrain de la lutte de classes qu’il sera possible de remettre en cause la construction capitaliste de l’Europe et ses déclinaisons par les gouvernements.

Des stratégies à revoir

Dans ce domaine il convient d’être lucide. L’accumulation de défaites majeures (retraites, EDF-GDF, Sécurité sociale) et les contre-réformes à venir (enseignement, privatisations, droit de grève...) doivent amener les communistes libertaires, les syndicalistes révolutionnaires, les anarcho-syndicalistes et plus largement toutes celles et ceux qui souhaitent rompre avec le capitalisme à s’interroger aussi bien sur la pratique syndicale que sur le projet de transformation de la société.

Ce travail qui aurait dû être entrepris au lendemain de la défaite sur les retraites ne l’a pas été sérieusement. Faute de le faire, les syndicalistes qui se réclament de la lutte des classes n’auront d’autres perspectives que l’échec. Des échecs qui à chaque fois affaiblissent un peu plus la capacité d’action des travailleuses et travailleurs et de leurs organisations syndicales.

Ce travail risque d’être long et douloureux mais il est indispensable si nous voulons construire des luttes et des outils qui permettent aux exploité(e)s de se défendre, de faire aboutir des revendications et d’acculer État et patronat.

Reconstruire le lien interprofessionnel

La première des leçons à tirer est qu’il faut arrêter de réduire l’action syndicale aux décisions de ses directions et aux accords qu’elles peuvent passer entre elles.

Depuis déjà bien des années, le fait de savoir si les directions, de la CGT, de FO, de la FSU, voire de Solidaires allaient prendre de grandes initiatives d’ampleur a conditionné voire paralysé l’action et surtout l’organisation des travailleur(ses)s depuis leurs lieux de travail et leurs unions interprofessionnelles.

Nombreux(ses) sont celles et ceux qui ont attendu les impulsions d’en haut comme on attend Dieu ou Godot. Non pas que ces impulsions soient inutiles. Bien au contraire. Mais elles ne valent strictement rien, si elles ne sont que des appels incantatoires ou purement formels à la mobilisation.

Le fait est que les contre-réformes se multiplient et que les militant(e)s les abordent de façon mécanique, sans programme d’action, comptant sans le dire plus sur les appareils que sur les adhérent(e)s de leurs organisations qu’ils/elles ont parfois renoncé à mobiliser.

Le travail de reconstruction d’un rapport de force ne se joue pas aujourd’hui dans les sommets mais dans les syndicats locaux, et aussi et surtout dans les unions locales et départementales, afin d’appuyer la création de sections syndicales dans les PME, toucher les salarié(e)s les plus précarisé(e)s, organiser le soutien aux luttes et montrer aux patrons ce que la solidarité de classe veut dire. C’est à l’échelle des villes, des départements et plus certainement des bassins d’emploi que se joue l’avenir des luttes.

Une action syndicale menée également en lien avec la population qui peut être déterminante et payante comme l’a été tout récemment la lutte victorieuse contre la fermeture de l’hôpital de Saint-Affrique (Aveyron), de même qu’on pourrait donner plusieurs exemples de maintiens de bureaux de postes suite à la mobilisation des postier(e)s et de la population locale dans plusieurs zones rurales.

Bien sûr une coordination nationale serait utile et même indispensable pour défendre l’emploi privé et public et empêcher licenciements et fermetures de site. Mais ladite coordination sera tout au mieux un gadget si elle ne s’appuie pas au préalable sur des réseaux syndicaux actifs et solidement implantés localement.

La reconstruction d’un syndicalisme interprofessionnel de masse est incontournable pour faire aboutir les revendications, elle est pour nous indissociable de l’autre tâche du syndicalisme de classe, la transformation sociale.

Un syndicalisme qui se limiterait à l’amélioration des conditions de travail ne peut que mener à l’impasse.

Cette question qui ne fait plus débat constitue aujourd’hui un véritable obstacle au débouché des luttes. Il est urgent de (re)débattre de questions comme la remise en cause de la propriété capitaliste, la démocratie autogestionnaire, la production autogérée, mais aussi de questions comme la décroissance et l’éducation.

Pour cela, les syndicats et les bourses du travail doivent redevenir de véritable lieux de débats. Laurent Esquerre

 
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