Appels unitaires de syndicalistes : Unité dans les luttes, pas dans les urnes

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A l’automne 2010, deux appels unitaires de syndicalistes ont été successivement lancés avec la volonté de poser publiquement la question de la reconduction et de la généralisation de la grève. Mais l’unité fut alors difficile à réaliser autour de cet objectif…

Entre le 23 septembre (date de publication du premier appel) et le 8 octobre (second appel), des grèves reconductibles s’étaient développées dans les raffineries, chez les agents territoriaux (Marseille, Le Havre, Rouen, Saint-Nazaire…). S’il s’agissait d’amplifier, de donner de l’allant à cette dynamique alors il fallait que se fassent entendre les voix des milliers de militants syndicaux qui jugeaient capital de mettre la grève générale sur la table.

Or au niveau national, parmi les organisations syndicales engagées dans l’intersyndicale, seule l’Union syndicale Solidaires portait clairement ce mot d’ordre. Mais nous savions qu’à la base, dans les syndicats, dans les sections, dans les Unions départementales (UD) et les Unions locales (UL), nombreuses et nombreux étaient les syndicalistes qui se battaient aussi dans cette perspective. C’est à partir de ce constat qu’ont été lancés au niveau national deux appels unitaires de syndicalistes pour la grève générale [1].

Logique boutiquière et illusion institutionnelle

Las ! Si des militantes et militants CGT (ou CFDT) reconduisaient la grève, les discours et les positions de leurs organisations allaient en sens inverse. Du secrétaire confédéral jusqu’à la plupart des cadres intermédiaires, il était urgent de marteler que « la grève générale ne se décrete pas » quand elle n’était pas carrément « une stupidité ». La logique boutiquière, arc-boutée sur les appareils, était également à l’œuvre, qui interdisait à ces militants de s’adresser aux militants d’autres syndicats… Pourtant, quelle organisation peut se targuer aujourd’hui d’être capable, à elle seule, de bâtir un mouvement social gagnant ?

Mais parmi ces syndicalistes, on rencontrait aussi les militants du PCF ou du Parti de gauche qui expliquaient alors que nous pouvions imposer un référendum au président Sarkozy et soutenir la proposition de loi des députés « communistes, républicains et citoyens ». Une perspective éminemment plus réaliste que de travailler à reconduire la grève, c’est sûr…

Ces illusions institutionnelles entraient en totale contradiction avec l’exigence d’un mouvement social fort et autonome porteur du seul débouché politique aux luttes : leur victoire. Chez nos camarades du Front de gauche, le crétinisme parlementaire semblait alors brouiller le sens de la lutte et minorer l’impératif qu’aurait pourtant dû constituer l’unité dans l’action.

Quelle unité, camarades ?

Aujourd’hui, avec le « Front des luttes » [2], les militants du Front de gauche (PCF, PG et sortants du NPA) syndiqués à la CGT, la FSU ou Solidaires, veulent à tout prix se faire la tête de pont du « débouché politique aux luttes » que constituerait la « révolution citoyenne » de Mélenchon. Il est curieux de voir des camarades qui ont tergiversé, négligé ou refusé de s’engager dans des appels unitaires de syndicalistes en pleine lutte sociale nous dire aujourd’hui que c’est dans les urnes que se fera cette unité [3].

Il est sérieusement permis d’en douter. Plus que la division semée par les compétitions électorales, c’est l’unité d’action dans les luttes, dans la grève et dans la rue qui sera nécessaire demain face au gouvernement d’austérité, quel qu’il soit.

Théo Rival (AL Orléans)

[1Sur ces appels, voir l’ouvrage collectif paru aux éditions d’AL, Partie remise, le mouvement social de l’automne 2010.

[2Le « Front des luttes » se veut l’appendice syndical du Front de gauche : courroie de transmission ?

[3Bien sûr, il existe toujours des contradictions chez des camarades qui peuvent s’être battus pour l’unité d’action à l’automne 2010 et se retrouver dans le « Front des luttes »…

 
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