ArcelorMittal : Mittal ou mytho ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


L’annonce de la fermeture de l’aciérie de Gandrange en Lorraine a donné lieu à un déploiement de manipulations de la part de la direction d’Arcelor-Mittal, mais surtout du gouvernement.

Le 16 janvier 2008, Arcelor-Mittal annonce la fermeture de l’aciérie de Gandrange. C’est pourtant le premier groupe sidérurgique mondial, fier de ses 320 000 employé-e-s dans 60 pays, et surtout de ses 105 milliards de dollars de chiffre d’affaire et 10,4 milliards de dollars de bénéfices en 2007 (pour 7,9 milliards en 2006) [1].

Le cynisme dans cette affaire est donc total. Le groupe Mittal croule sous l’argent. Mais les actionnaires, qu’ils ou elles soient européens ou indiens, réclament toujours plus. Pour les satisfaire, 600 travailleurs et travailleuses sur les 1 100 de l’aciérie doivent disparaître du site. Le projet prévoit uniquement la « spécialisation [...] sur l’activité de laminage de fil machine », mais il constitue clairement un pas dans le sens d’une fermeture complète.

Sarko, le nouveau Super-Menteur

Au cynisme patronal s’ajoute le cynisme politique. Le 4 février dernier, Nicolas Sarkozy s’agite devant caméras et micros à Gandrange. Selon son habitude, il promet n’importe quoi : « Nous sommes prêts à faire des investissements sur les machines, on mettra de l’argent dans l’outil de production, mais aussi pour la formation ».

Il est évidemment choquant que les contribuables doivent payer pour assumer les responsabilités d’un groupe qui va verser 1,8 milliards de dollars en dividendes et gaspiller 2,6 milliards de dollars en rachats d’action (pour en augmenter la valeur).

Mais cette proposition est également stupéfiante de la part de celui qui vient d’imposer le traité de Lisbonne, clone du Traité constitutionnel européen, en passant outre la décision populaire du référendum de 2005. Or le traité de Lisbonne renforce la logique ultra-libérale du fonctionnement européen : les conditions de concurrence sont désormais de la responsabilité de l’Union européenne [2], et un tel type de subvention est déjà interdit par la Commission européenne. Sarkozy promet, il sait que cet « investissement » sera retoqué, car il fausserait les conditions de la sacro-sainte concurrence ultralibérale.

Virer, déplacer, mettre en concurrence les travailleurs et travailleuses au niveau mondial, c’est un principe-clé du capitalisme mondialisé. On ne peut être à la fois un défenseur du libéralisme capitaliste et être choqué par les méthodes de Mittal, ni lutter contre les délocalisations. À moins d’être un gros menteur, comme l’omniprésident ! Lors du rachat d’Arcelor par Mittal, Sarkozy s’était félicité de cette opération. Aujourd’hui il demande : « Je ne veux pas que vous stigmatisiez Mittal ou un autre, parce que si on décourage les gens qui veulent investir dans nos usines... On en a besoin. » [3]

Gandrange ne peut compter que sur Gandrange

Les travailleurs et travailleuses de Gandrange n’ont rien à attendre de Sarkozy ni de l’État. Sarkozy a rencontré Lakshmi Mittal, patron d’ArcelorMittal, le 28 janvier [4]. Seul résultat : le patron accepte de discuter avec les syndicats ! C’est une méthode qui marche : brasser de l’air sur la « négociation », alors que les 600 suppressions de poste ne sont pas discutables pour Mittal !

Les salarié-e-s de Gandrange ne peuvent compter que sur leur mobilisation. Ce n’est qu’ainsi que des postes supprimés pourront être sauvegardés et les conditions de départ améliorées. Surtout, il faut réfléchir aux possibilités de reprise de la production par les salarié-e-s. Ils et elles sont en droit de réquisitionner l’outil de production. Certes, la sidérurgie dans le contexte capitaliste nécessite des capitaux importants pour les matières premières et les investissements. Mais d’autres situations comme celles de Gandrange vont continuer à apparaître, voire se multiplier. Il y a donc urgence pour la classe ouvrière à penser la réquisition et la reprise en main des outils de production. Ce n’est jamais simple, pas toujours possible, mais, au minimum, ces actions doivent faire partie des solutions envisagées.

Laurent Scapin (AL 93)

[11. ArcelorMittal reports record full year and fourth quarter 2007 results, Luxembourg, 13 février 2008.

[22. Art. 27, partie 3, consultable sur traite-de-lisbonne.fr.

[33. « Allocution du président de la République, Usine Sidérurgique ArcelorMittal, Gandrange, 4 Février 2008 », consultable sur elysee.fr.

[44. Reçu par Sarkozy, Mittal fait un geste en direction des syndicats, communiqué AFP, 28 janvier 2008.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut