Assurance-chômage : L’Unedic spécule sur notre dos

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Alors qu’on demande aux chômeurs de se serrer chaque jour un peu plus la ceinture, les « partenaires sociaux » n’hésitent pas à transformer l’Unedic en un produit de spéculation sur les marchés financiers. Sur le dos des privés d’emploi, mais aussi sur celui des salariés qui devront payer les intérêts.

Créé en 1957 pour assurer l’indemnisation des chômeurs,
l’Unedic est gérée paritairement entre syndicats et patronat. A l’origine caisse de solidarité entre travailleurs et travailleuses, l’Unedic est à présent en passe d’être transformée en produit de spéculation sur les marchés financiers. En juin 2009, le Conseil d’administration de l’Unedic a décidé de lancer des emprunts obligataires.

Il fait alors appel à trois agences de notation pour en garantir la qualité et la rentabilité. Les agences Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poors délivrent les meilleures notes pour les emprunts à long et moyen terme (AAA) et lui permettent d’emprunter plus de 6 milliards d’euros sur les marchés. Le 29 juin 2010, le Conseil d’administration sollicite à nouveau ces trois mêmes agences qui confirment leurs notations. Seulement la dette de l’Unedic dépasse les 10 milliards d’euros.

Puisque l’Unedic est déficitaire, pourquoi ces emprunts sont-ils si bien notés ? Mais pardi, parce qu’avec les années qui passent, ce qui était une caisse de solidarité par répartition se transforme peu à peu en une caisse financée par les salarié-e-s et mise au service du patronat.

Moins de quatre chômeurs sur dix indemnisés

Depuis le « recentrage » syndical de la CFDT dans les années 1980, le patronat a un nombre de voix décisif lors de la négociation biannuelle de la convention Unedic qui décident de l’indemnisation des chômeurs. Depuis, les conditions d’indemnisation sont toujours plus restrictives et les bénéficiaires de l’assurance chômage toujours moins nombreux.

Moins de quatre chômeurs sur dix touchent l’allocation de retour à l’emploi. A la fin des années 1970, le gouvernement Pompidou avait déjà préparé le terrain en amputant l’Unedic d’une partie de ses ressources : il avait divisé par deux la participation de l’Etat dans le financement de l’assurance chômage et avait imposé une réduction de la part patronale dans ce financement.

Maintenant, il s’agit pour le patronat de rentabiliser l’Unedic. Les « partenaires sociaux » prévoient le retour à un résultat excédentaire d’ici 2013, bien évidemment sur le dos des salarié-e-s et des privé-e-s d’emploi, n’en doutez pas un seul instant ! Les marchés financiers ne s’y trompent pas et ont toute confiance en leur gestion.

Les cotisations chômage financent les nantis

On assiste actuellement à une nouvelle étape de ce hold-up. Le rapport des agences de notations stipule noir sur blanc que « des modifications importantes des caractéristiques du régime d’assurance chômage justifieraient une action négative sur les notes ». Les agences de notation sont unanimes quant à la fiabilité des emprunts de l’Unedic car celle-ci est en passe de devenir une valeur sûre avec des conditions d’indemnisation toujours plus défavorables.

Le scandale continue puisqu’une clause de la nouvelle convention Unedic prévoit une réduction de la part patronale dans le financement de l’assurance chômage si un excédent venait à être réalisé sur l’année ! Cela implique que le remboursement des intérêts liés à l’emprunt se fera sur le dos de la part salariale.

Ce qui était à l’origine une caisse de solidarité devient un produit de spéculation financière dont les taux d’intérêts sont à la charge des travailleurs. Le hold-up parfait : les cotisations chômage payées par l’ensemble des salarié-e-s servent au final à financer les rentes des nantis, titulaires de l’emprunt Unedic… Les collectifs Droits nouveaux et l’Appel et la pioche, ont occupé le 3 mars dernier l’agence de notation Fitch Ratings en scandant « AAA, les chômeurs ne sont pas des andouillettes » et « Spécule ta mère, fais pas aux chômeurs, ce que tu ne ferais pas à ta mère ! ».

Oui, les caisses de l’Unedic sont déficitaires, mais alors que les entreprises du CAC 40 n’ont jamais été aussi bénéficiaires et que la bourse n’a jamais drainé autant d’argent, il suffirait d’augmenter la part des cotisations patronales et de taxer les flux financiers.

De l’argent, il y en a…

François Molinier (AL Paris Nord-Est)

 
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