Culture

Bande dessinée : Nuit noire sur Brest

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En septembre 1937, alors que la guerre fait rage à la suite du coup d’état militaire de Franco en Espagne, un sous-marin républicain fait surface dans la rade de Brest.

C’est une histoire singulière et remarquable que nous racontent Damien Cuvilier, Bertrand Galic et Kris dans leur bande dessinée Nuit noire sur Brest. Avec un titre pareil, on ne s’attend pas à suivre les aventures de ­l’équipage d’un sous-marin espagnol en pleine guerre d’Espagne. Et c’est pourtant cet épisode historique que rappellent les auteurs et illustrateur. En septembre 1937, alors que la guerre fait rage à la suite du coup d’état militaire de Franco en Espagne, un sous-marin républicain fait surface dans la rade de Brest.

Kris nous avait déjà fait visiter Brest, sa ville natale. Dans Un homme est mort, il nous avait fait plonger dans la cité en pleine reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Brest, dont il ne restait rien, selon les mots de Prévert, après les pluies de « fer, de feu, d’acier et de sang », est intacte dans cet album.

Le port militaire accueille de manière plus ou moins contrainte ce submersible républicain espagnol qui a besoin de réparations. Le préfet est bien ennuyé par la demande d’aide du commandant, empêtré qu’il est dans la politique de « non-intervention » décidé par l’État français face au coup d’état du nationaliste Franco. Les communistes et les anarchistes brestois saluent, eux, l’arrivée de cet équipage républicain et le soutien dans son combat qui est aussi le leur. Cette solidarité internationale de classe ne sera pas de trop : une opération franquiste se prépare avec l’assistance de membres de partis français d’extrême droite.

L’histoire nous est racontée du point de vu d’un homme mystérieux « en mission », dont on peine à connaître l’identité. Les prises de parti des personnages se dessinent petit à petit dans cette galerie composée d’un journaliste très informé, d’un équipage républicain et de son commandant, de Mingua, qui travaille dans le dancing où les nouveaux venus viennent faire la fête, et d’hommes riches qui complotent pour Franco en buvant de la Suze dans un hôtel de luxe. Elle ne serait pas complète sans l’évocation de l’anarchiste breton René Lochu, et de ses camarades qui organisent la lutte contre le fascisme.

Nuit noire sur Brest nous fait visiter la cité bretonne sous un ciel plus souvent ensoleillé que pluvieux. Les mouettes survolent le port, les huîtres constituent le seul repas au menu du bistrot local. Cette bande dessinée souligne la beauté et le calme d’une ville qui s’apprête à être meurtrie, détruite. Ses habitants et ses habitantes vont être témoins ou acteurs et actrices d’un combat historique qui préfigure la Résistance. La « non-intervention » des démocraties n’aura pas sauvé la paix et aura ouvert un boulevard au fascisme comme on pouvait déjà l’imaginer à ­l’époque. Le narrateur commence en se présentant comme un homme qui aime le noir « et son obscurité sans qui la lumière n’aurait aucune raison d’être ». La BD se conclut pas un dossier de l’historien Patrick Gourlay sur cet épisode. Lumière est faite sur une péripétie de la guerre d’Espagne mais aussi sur un événement de la lutte antifasciste.

Lucie (AL Saint-Denis)

  • Damien Cuvilier, Bertrand Galic et Kris, Nuit noire sur Brest, Futuropolis, 2016, 80 pages,16 euros.
 
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