écologie

Biodiversité : Sauver la forêt et la filière bois

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La forêt est attaquée sur tous les continents, alors qu’elle est porteuse de nombreux bienfaits écologiques et économiques. Encore faudrait-il ne pas la sacrifier sur l’autel du marché.

La forêt est le poumon de la planète. Pourtant, la déforestation avance, même en France, où la forêt est livrée aux pollutions, sans entretien suffisant. Sans doute n’y a-t-il pas assez de personnel pour les Eaux et forêts, l’ONF [1] ? Pourtant la photosynthèse est essentielle à l’avenir du vivant sur terre, car les arbres rejettent de l’oxygène dans l’atmosphère. La forêt est une réserve de biodiversité, et joue un rôle important dans le cycle de l’eau. De même, la filière bois est négligée, même si la France reste un pays bien doté dans ce domaine en Europe. Les arbres morts sont de plus en plus nombreux.

Les scieries ferment. La filière bois, c’est 400.000 emplois, mais ce nombre diminue. La France vend des grumes de chêne à la Chine et lui achète des meubles. N’y a-t-il plus d’ouvriers menuisiers et ébénistes ? C’est économiquement d’autant plus absurde que la compétence existe ici, mais qu’une politique à courte vue la néglige et à terme, la détruit.

Tandis que les métaux disparaissent, on ne replante plus de chênes. Or le chêne a servi dans la construction pendant des millénaires. Il peut resservir encore, et des immeubles en bois commencent à nouveau à se construire, avec l’avantage que le bois est un excellent isolant thermique.

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Des chênes plantés sous Louis XIV

Que fera-t-on quand on n’aura plus de métal ? Le bois dur sera essentiel. Il faut deux cents ans pour qu’un chêne croisse. Il en reste encore un peu dans les campagnes de la France profonde. Les deux chênes monumentaux de la forêt de l’Isle-Adam (Val-d’Oise) ont été plantés sous Louis XIV ! C’est Colbert qui avait fait planter des chênes en France, pour développer la marine. Le chêne c’est l’un des bois parmi les plus durs, d’une densité de plus d’une tonne au mètre cube. De sorte que les insectes xylophages [2] ne peuvent l’attaquer.

Et les fournisseurs de bois pour les meubles en Asie sont en train de massacrer le teck, entre autres en Indonésie. Le teck est un bois qui résiste aux intempéries, aux pluies de mousson. Là aussi le futur n’est plus assuré. Le Brésil déforeste. Toute l’Amérique latine sacrifie la forêt à l’élevage bovin. Or la production de viande s’attaque de deux façons à la forêt. D’abord, on déclenche des incendies pour obtenir des zones de pâturages. Ensuite, on sacrifie aussi la forêt pour créer des zones agricoles pour l’alimentation du bétail.

L’Inde, l’Indonésie, aussi, déforestent. Tellement que les tigres s’approchent des villes, et les enfants ramasseurs de bois mort deviennent leurs proies. Dans notre vieille Europe, quand on reboise, c’est pour planter des épineux là où, avant, il y avait des feuillus. Pourquoi ? Les pins poussent plus vite, ils sont donc plus rapidement rentables, et donc préférables du point de vue du capitalisme à courte vue. Oui, mais le bois produit n’est pas le même. La densité n’y est pas. La qualité non plus. La loi des marchés n’est pas efficace pour assurer un tant soit peu d’avenir. Tous les ans l’espace forestier se réduit d’une surface équivalente à celle de la Grèce.

Il faut corriger la direction, mobiliser les énergies rurales, donner des moyens pour inverser la tendance. Avec l’agriculture intensive, les pesticides peuvent aussi ruisseler vers les forêts. Donc, il importe de revenir à une agriculture paysanne et saine.

F. K. Theys (AL Paris-Nord-Est)


Sans en partager nécessairement la ligne éditoriale, voici le reportage de Cash investigation sur le filière bois.

[1] Office national des forêts, une de mes sources pour écrire cet article. Autre source : Le Monde diplomatique.

[2] Les xylophages sont des insectes minuscules qui sont capables de digérer le bois, l’exemple le plus connu : les termites, mais il y a d’autres variétés.

 
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