Bouches-du-Rhône : Les « Fralibs », bouffeurs de patron

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Après neuf semaines de lutte les 180 employé-e-s de l’usine Fralib sont ressortis victorieux d’une grève contre le géant Unilever, preuve que même en temps de crise, seule la lutte paie.

Les « Fralibs » me direz-vous, mais qui c’est ? La réponse est simple : Fralib Sourcing Unit est une entreprise de Gémenos dans la région d’Aubagne. Cette entreprise appartient à la multinationale Unilever, troisième groupe mondial dans la vente de produits de consommation courante. Spécialisée dans la fabrication de thé Lipton et Éléphant, Fralib est une entreprise qui marche pour Unilever, mais qui la démange aussi, surtout grâce à son syndicat CGT.

Il y a deux ans Unilever Europe à débauché le directeur d’une usine Coca-Cola pour régler le cas de Fralib et mettre au pas le syndicat. Ce nouveau directeur-mercenaire n’a pas caché son inimitié envers les syndicalistes en commençant par déqualifier certains membres de la CGT et piétiner le règlement intérieur de l’usine. Une attitude qui a porté ses fruits chez Coca-Cola, en détruisant à peu près toute sécurité de l’emploi. Les esprits s’échauffent pendant ces deux années. Une étude de la CGT démontra qu’en vingt ans, les employés d’Unilever avaient perdu plus de 40 % de pouvoir d’achat. En cause, la stagnation des salaires et l’augmentation du coup de la vie. C’est pourquoi en assemblée générale, début mars, les employé-e-s se sont mis en grève, sans pour autant fermer le site.

Au cours des deux mois de grève la direction du site a essayé de remettre les employé-e-s au travail, par tous les moyens juridiques possibles et par une demande d’intervention policière, refusée par la préfecture, car il n’y avait pas d’occupation d’usine. Les tentatives de la direction n’ont pas touché le moral des grévistes. Seule la durée de la grève aurait pu les atteindre financièrement. C’était compter sans la solidarité de classe. En plus de deux mois ce sont 60 000 euros de dons qui ont été envoyés, permettant à la caisse de grève d’aider les travailleurs à tenir.

Il est à noter que le directeur-mercenaire ne se déplace plus sans quatre gardes du corps, alors qu’il n’a subi aucune menace et que des poursuites sont engagées contre lui, parce qu’il a frappé une employée, si violemment qu’il lui a causé plusieurs journée d’interruption de travail. Dans la soirée du 4 au 5 mai dernier, les Fralibs ont signé un accord de fin de conflit avec la direction. Les travailleurs ont obtenu une augmentation de 1,5 % des salaires des non-cadres, 250 euros bruts pour chaque salarié en 2010, quatre requalifications d’intérimaires en CDI, la requalification d’ouvriers rétrogradés par la direction, une prime exceptionnelle de 1 200 euros pour les non-cadres, 800 euros pour les grévistes, le maintien de la mutuelle de la boîte, que la nouvelle direction voulait supprimer, etc.

La grève a été suivie par la presse locale, comme La Marseillaise ou La Provence, mais les médias nationaux sont restés discrets. Contrairement aux luttes les plus visibles, les Fralibs se sont montrés très offensifs, en combattant sur la question des salaires, de la mutuelle de l’entreprise, de l’embauche - et pas pour la sauvegarde de l’emploi. Une détermination payante, qui explique ce black-out.

Depuis la reprise du travail, la CGT a accueilli une vingtaine d’adhésions en plus, ce qui porte la section à 110 adhérent-e-s, sur 160 non-cadres. Une soirée de soutien a été organisée par la compagnie Jolie môme, en juin, car malgré la reprise du travail, les ouvriers et ouvrières sont conscients que ces acquis ne tiendront pas s’ils baissent leur garde. Ils attendent en juin ou juillet une table ronde, en présence du directeur des ressources humaines d’Unilever France, et se disent prêts à repartir de plus belle car leur lutte est à la hauteur de leur slogan : « hasta la victoria siempre ».

Bastien et Benjamin (AL Marseille)

 
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