Brésil : Le bioéthanol ramène l’économie au stade colonial

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Lula veut faire de son pays « l’Arabie saoudite du XXIe siècle » grâce à la production massive de carburant à base de canne à sucre. Il s’agit d’une catastrophe environnementale et sociale, et d’une régression vers un modèle archaïque.

Parmi les faits politiques qui ont eu le plus de répercussions cette année [au Brésil], il faut citer la visite du président des États-Unis, George W. Bush. L’objectif affiché par le gouvernement brésilien (et non par les médias américains) était de réaliser un accord sur le bioéthanol entre les deux pays. Depuis cette visite, l’offensive marketing du gouvernement pour vendre le produit à l’extérieur n’a cessé de s’intensifier. Lors de chaque rencontre internationale à laquelle il participe, Lula vante les mérites de son produit. Cette offensive sur la production de bioéthanol a incité les grandes entreprises et les investisseurs à se lancer sur ce marché, attirés par la perspective des profits juteux qu’ils pourraient tirer de la surexploitation du travail et de l’environnement. […]

La question du bioéthanol a soulevé des polémiques dans le monde entier, et notamment en Amérique latine. Fidel Castro et Hugo Chavez ont, par exemple, défendu l’idée qu’il ne s’agissait pas d’un « biocarburant », mais bien plus d’un « agrocarburant » et que sa production à grande échelle pourrait aggraver la faim dans le monde. En effet, à mesure que la production de céréales est utilisée pour faire du carburant – comme c’est le cas avec le maïs aux États-Unis –, le prix de ces produits augmente, portant préjudice aux populations […]. La course au bioéthanol des États-Unis a provoqué une hausse de 86 % du prix du maïs durant le premier trimestre 2007. […]

L’environnement ne peut supporter cela

Un autre problème écologique est lié à la culture même de la canne à sucre. Avec près de 60 % de la production nationale, l’État de São Paulo est le plus grand producteur du pays, et celle-ci a connu une croissance de 50 % ces cinq dernières années. Au passage, jusqu’à 1 200 brûlis de feuilles (pour permettre la découpe manuelle) ont été recensés quotidiennement à certaines périodes de l’année. Or, entre autres choses, les brûlis provoquent un phénomène de rétention de l’humidité dans l’air, causant ainsi de sérieux dommages sanitaires pour les populations des villes concernées. Sans parler des dommages environnementaux. […]

Une autre conséquence […] est l’aggravation de la dureté des conditions de travail des coupeurs de canne. Les travailleuses et les travailleurs sont habituellement recrutés dans les États du nord-est durant la période de la coupe. Arrivés à São Paulo, ils coupent une moyenne de quinze tonnes de canne par jour et marchent environ huit à neuf kilomètres quotidiennement.

Cadences infernales

Beaucoup de travailleurs et de travailleuses connaissent diverses maladies professionnelles : troubles de la colonne vertébrale, douleurs aux pieds, tendinites, etc. Rien que dans l’État de São Paulo ces deux dernières années, 19 ouvriers agricoles sont morts d’épuisement. Ajoutons à cela les risques liés aux brûlis : cette année, par exemple, dans la région de Ribeiro Preto, un ouvrier machiniste travaillant sur un brûlis est mort asphyxié dans son camion. […]

L’augmentation des exportations de bioéthanol repose sur la surexploitation des hommes et des femmes. En engendrant des profits énormes pour les conglomérats de la canne, cette production pénalise une fois encore les travailleurs, les consommateurs modestes, ainsi que l’environnement.

Plus globalement, l’augmentation des exportations de matières premières ces dernières années est en train de faire du Brésil le « grand grenier » du monde, comme les pays développés aiment à appeler les pays « en développement ». Ce que nous observons, c’est le retour de notre système économique vers une sorte de modèle colonial où nous produisons les matières premières que nous exportons et où les pays plus riches nous vendent leur haute technologie avec une énorme valeur ajoutée. Le futur des agrocarburants, c’est de ramener le pays vers le passé.

Traduit du portugais par Irène (AL Paris-Sud)

• Article paru dans Resistência Popular le 23 juillet 2007. Disponible sur Vermelho e Negro, portail Internet du communisme libertaire brésilien (www.vermelho-enegro.org)

 
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