CNT : La représentativité débattue au congrès confédéral

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Entre 70 et 100 délégué-e-s représentant 67 syndicats ont participé au congrès confédéral de la CNT, des 19 au 21 septembre à Lille. La possibilité de se présenter aux élections professionnelles a été officialisée.

Le congrès de la confédération anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire (« ASSR » pour abréger) avait à traiter un sujet épineux : celui de la représentativité qui devient un enjeu majeur de l’activité syndicale dans l’entreprise. Désormais, pour devenir délégué syndical, il faudra présenter une liste aux élections professionnelles et obtenir 10 %. De ce résultat dépendra le maintien des moyens en heures de délégation et de la protection afférents à ce statut [1].

Tournant officiel

Lors de ce congrès, la CNT a maintenu « sa position historique contre le principe des comités d’entreprise » mais a officialisé la possibilité pour ses sections de se présenter aux élections – ce que certaines faisaient déjà officieusement. Une position « quasi consensuelle qui ne serait jamais passée ne serait-ce que quatre ans auparavant » se réjouit Jérémy Berthuin, du bureau confédéral. D’autres délégué-e-s regrettent cependant que le congrès n’ait abordé le problème de la représentativité et des libertés syndicales que par le petit bout de la lorgnette : les élections. La CNT n’a produit aucun texte sur la stratégie syndicale, les axes revendicatifs ou la question des alliances. « Sur le fond, c’est court », estime Katia Odiot, de l’Éducation, qui regrette « un congrès trop technique », envahi par les questions logistiques (site Web, presse, refonte des statuts, etc.).

Mais l’essentiel est là : fortement secouée en interne, la CNT a su trouver les voies d’un consensus permettant de préserver l’unité de l’organisation.

Au plan international, la CNT a décidé de proposer officiellement la fondation d’une internationale « syndicaliste révolutionnaire et de lutte de classe » – un projet dont la réussite dépendra de l’adhésion de la CGT espagnole, ce qui est loin d’être gagné. D’un côté, la CGT, avec 80 000 adhérentes et adhérents, rechigne en effet à recréer ce que fut jadis l’internationale anarcho-syndicaliste : l’AIT, « un géant et des nains ». De l’autre, elle ne souhaite pas non plus une internationale dont la délimitation idéologique serait trop floue.

Pour le reste, la politique internationale de la CNT a été reconduite : lien exclusif avec les organisations ASSR en Europe et développement de relations avec des organisations non ASSR hors d’Europe. La motion qui demandait un rapprochement avec le réseau du syndicalisme alternatif en Europe (CGT espagnole, Sud français, Cobas italiens, RTM britannique…) a été finalement retirée par le syndicat qui la présentait.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)


DES INVITÉS INTERNATIONAUX

Au congrès étaient représentées plusieurs organisations anarcho-syndicalistes ou syndicalistes-révolutionnaires étrangères : la CGT (Espagne), la FAU (Allemagne), l’USI (Italie), l’ASSI (Espagne) et les IWW (États-Unis). D’autres avaient envoyé des messages d’amitié : la CGT (Burkina Faso), la SISSA (Italie), l’ASOINCA (Colombie), Solidaridad Obrera (Espagne), la CNTG (Guinée Konakry), les IWW (Grande-Bretagne) et la SAC (Suède). La CNT n’invite pas les organisations syndicales hexagonales et n’envoie pas de délégation dans les congrès où elle est invitée.

[1Lire AL de juin et septembre 2008 ou taper « représentativité » dans le moteur de recherche de www.alternativelibertaire.org

 
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