Carrefour : Les caissières marseillaises ont le sang chaud

Version imprimable de cet article Version imprimable


Suite à la grève nationale du 1er février dans la grande distribution, les salarié-e-s du Carrefour Grand-Littoral à Marseille ont reconduit la grève pour les salaires. Pendant seize jours les grévistes ont tenu tête au n° 2 mondial du secteur.

Situé dans les quartiers nord de Marseille et employant 570 personnes, Grand-Littoral est un des plus grand hypermarchés d’Europe. Racheté il y a quelques années, à Continent, Carrefour avait promis, lors du rachat, que les salarié-e-s bénéficieraient des mêmes avantages que les autres employé-e-s de la chaîne. Promesses qui n’ont jamais été tenues.

Les revendications de départ étaient donc la revalorisation des salaires les plus bas, une augmentation de 1,50 euro sur les tickets restaurant, une prime de 250 euros et la fin des temps partiel.

Des convoyeurs font demi-tour

Les travailleuses et travailleurs ont d’abord bloqué le magasin de l’intérieur, empêchant les livraisons d’arriver. Cette méthode n’a cependant pas duré. Suite à un recours de la direction pour « entrave à la liberté de circulation et de commerce », 3 délégués du personnel (2 CGT et 1 CFDT) ont été condamnés à payer une astreinte de 1 000 euros par heure de magasin bloqué. Contraints d’occuper les lieux stratégiques aux alentours du supermarché pour empêcher les livraisons, les grévistes se sont relayés jour et nuit pour tenir les piquets.

Peu à peu le soutien s’est organisé, des caisses de solidarité ont été créées, des habitant-e-s des quartiers populaires alentour sont venus soutenir, des convoyeurs devant livrer le supermarché ont fait demi-tour par solidarité. Mais, si les unions départementales et des sections locales de syndicats ont organisé des rassemblements interprofessionnels, les confédérations à l’initiative de la grève du 1er février les ont bel et bien laissé se battre seuls, malgré la portée symbolique immense de cette grève.

Alors qu’il fallait lancer très vite un nouveau préavis dans toute la grande distribution, elles essaient encore de se mettre d’accord pour programmer une nouvelle « journée nationale d’action » le 24 mars... Plutôt que de s’appuyer sur les luttes existantes pour essayer de généraliser le mouvement, elles s’obstinent à organiser à froid des grèves carrées de vingt-quatre heures. Une ligne qui a déjà fait beaucoup de dégâts ces dernières années, en particulier à Marseille lors des conflits à la SNCM et à la RTM.

La peur de la boule de neige

La direction de Carrefour n’a rien voulu entendre et rien céder, malgré la modération des revendications. Le directeur régional a dit clairement aux délégué-e-s chargé-e-s des négociations qu’elle « préférait jeter l’argent par terre plutôt que de leur donner ». Et ça a été le cas. Selon ses propres déclarations – forcément minorées – le magasin aurait perdu au moins 3 millions d’euros de chiffre d’affaire dans ce conflit, alors qu’accorder la prime réclamée aurait coûté moins de 150 000 euros. La direction a voulu à tout prix casser la grève car, dans le reste du groupe, les autres salarié-e-s ont suivi attentivement son déroulement, faisant craindre un effet boule de neige.

Au quinzième jour, la préfecture a envoyé les CRS contre les caissières des piquets. En réaction, des débrayages ont eu lieu le lendemain aux Carrefour du Merlan à Marseille et de Port-de-Bouc. Finalement, le même jour la direction et la CFDT (majoritaire dans le magasin) parvenaient à un accord : deux à trois heures supplémentaires par semaine pour les temps partiels, 80 000 euros pour le comité d’entreprise à se répartir en bons d’achat ou en fonds de solidarité pour les grévistes, une augmentation de 50 centimes du ticket-restaurant et le paiement de 2 jours de grèves. Après l’abandon de FO les jours précédents, puis l’accord signé par la CFDT, la CGT, qui restait seule à soutenir la grève, a préféré appeler à la reprise.

Au-delà du résultat, cette grève, exceptionnelle dans ce secteur, montre que le potentiel de combativité dans la grande distribution est réel.

Hervé et Sylvain (AL Marseille)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut