Chronique « Echo d’Afrique » : L’arrogance de Vincent Bolloré

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Vincent Bolloré s’est retrouvé en garde à vue le 24 avril, puis mis en examen pour corruption d’agents publics étrangers, complicité d’abus de confiance et complicité de faux. Alors qu’il avait plutôt l’habitude de poursuivre les journalistes trop critiques, ou de façonner l’opinion grâce à son empire médiatique, le voilà poussé à communiquer par une tribune dans le Journal du dimanche (JDD) du 29 avril sur sa ligne de défense, afin de rassurer l’opinion (et surtout les marchés financiers).

L’homme d’affaire s’interroge en ces termes «  faut-il abandonner l’Afrique  ?  », et estime que les soupçons se nourrissent de la perception, fausse selon lui, d’une Afrique «  terre de non-gouvernance  », d’une vision «  misérabiliste  » du continent où son groupe aurait investi 4 milliards d’euros et ferait vivre quelque 30 000 familles.

Malheureusement, les lecteurs du JDD n’auront certainement pas le plaisir de lire ou d’entendre les réactions des Africaines et Africains qui connaissent la réalité de la prédation du groupe Bolloré et de ses conséquences. On relèvera en particulier la «  réponse  » d’Olivier Dossou, commentateur issu de la diaspora malienne en Europe, pour qui «  la tribune de Vincent Bolloré restera surtout une séquence d’hypocrisie, de condescendance et de poncifs colonialistes à l’égard des Africains.  »

Dossou pointe ce que les chiffres avancés par Bolloré ne disent pas  : derrière les milliards d’investissement, il y a surtout des profits mirobolants, dégageant plus de 80 % des bénéfices du groupe. Derrière les 30 000 familles qui «  vivent grâce à lui  », il y a des conditions salariales dangereuses et des salaires de misère.

La réponse retourne méthodiquement tous les arguments de Vincent Bolloré dans sa tribune, alors qu’il se joue des États auxquels il s’impose comme une superpuissance bénéficiant des atouts de la Françafrique (franc CFA, relations diplomatiques, francophonie, etc.).

Selon Dossou, «  Bolloré se moque des africains  »… ce qui n’est pas étonnant vu que sa tribune est destinée à rassurer les marchés financiers et à préserver son image auprès des Français… ni les uns ni les autres n’entendent les voix dissonantes des Africaines et Africains  ! Mais ce mépris est bel et bien ressenti par beaucoup d’entre eux. «  Les Africains aspirent à être acteurs de leur propre destinée et non spectateurs. Or, la féroce mainmise en Afrique des transnationales comme Bolloré, procède d’une émasculation du génie créatif local totalement méprisé  ! […] L’arrogance d’un Bolloré traduit avant tout le vide stratégique abyssal du leadership africain avec des dirigeants félons, sans projet philosophique majeur, donc sans “utopie”, capable d’élever les standards économiques et sociaux des populations.  »

Espérons qu’un jour, à force d’être ainsi méprisés, les Africaines et Africains s’unissent et se lèvent pour dégager leurs dirigeants, dictateurs, les Bolloré, Total et consort, et prendre en main leur destin.

Noël Surgé (AL Carcassonne)

 
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