Classiques de la subversion : « La Société du Spectacle »

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Chaque mois, un livre qui a compté dans l’histoire des idées subversives, sélectionné par Matthijs.

Si l’adhésion obtuse au situationnisme conduit généralement au ridicule, les pro-situs qui sévissent chez les « autonomes » en étant la preuve vivante, on ne peut nier que les problématiques abordées par le situationnisme sont intéressantes. C’est l’objet du maître ouvrage de Guy Debord, La société du spectacle, paru quelques mois avant 1968, et qui reste attaché à la mémoire de Mai.

Debord développe le concept de spectacle, qui est la mise en scène de phénomènes sociaux pour fasciner – et aliéner – le prolétariat. Le spectacle est justification de la société, mais aussi manipulation par le rapport inégal qu’il l’introduit. Le spectacle est la preuve que les systèmes de domination capitaliste et « soviétique » sont similaires. La marchandisation de la société se nourrit du spectacle et vice-versa. Le rôle des médias dans l’aliénation, et surtout de la télévision, sont fortement questionnés.

Le principal obstacle à la lecture de La Société du spectacle est son écriture volontairement hermétique. Le livre est écrit sous forme d’aphorismes, à la façon de Nietzsche. Les aphorismes sont secs voir cryptiques, et la plupart des thèses gagneraient à être argumentés. De même, Debord ne donne pas de définition nette et précise du spectacle en tant que concept, alors que cette notion est au centre de son édifice théorique.

C’est sans doute la raison pour laquelle La Société du spectacle laisse le lecteur ou la lectrice un peu sur sa faim, et en limite fortement la portée. Est-ce à mettre en parallèle avec le caractère superficiel du militantisme situationniste, limité à un activisme slogandaire et à de sympathiques farces un peu potaches ?

Pour les situationnistes, la révolution ne passe plus par les modèles classiques d’organisation du prolétariat. Il s’agit en priorité d’attaquer le spectacle, et de mener un combat au niveau des symboles. Avec le primat donné à la lutte idéologique, Debord s’écarte des postulats de la gauche révolutionnaire (léniniste ou anarchiste) qui considère que la lutte économique et sociale est déterminante en dernière instance. Cela peut conduire à sous-estimer le poids de la lutte entre le capital et le travail. Debord a cependant le mérite de poser des questions que souvent les révolutionnaires ne se posent pas.

• Guy Debord, La Société du spectacle. 1re édition Buchet-chastel, 1967. Réédition Gallimard, 1992.

 
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