Classiques de la subversion : « Pour une révolution africaine »

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Chaque mois, un livre qui a compté dans l’histoire des idées subversives, sélectionné par Matthijs.

Pour une révolution africaine énonce les thèses de Frantz Fanon sur les luttes de libération anti coloniales. Celui-ci réalise une synthèse magistrale entre lutte des classes et anti-impérialisme.

L’apport de Frantz Fanon (1925-1961) à la cause anti-colonialiste est double. Tout d’abord en tant que psychiatre, ses travaux sur la mentalité des colonisés et l’oppression sont de toute première importance et constituent les thèses de son premier ouvrage, Peau noire, masques blancs.

Le combat de Fanon pour l’indépendance de l’Algérie – il fut un militant de premier plan du FLN – se retrouve dans ses autres ouvrages, dont Pour la révolution africaine. Livre posthume publié chez Maspero, ce recueil d’articles et de textes, pour la plupart publiés à Tunis dans l’organe de presse du FLN, El Moudjahid, et dans la revue Esprit, reprend en grande partie l’idéologie qui a mené Fanon, médecin noir antillais, à prendre le parti de l’indépendance algérienne.

Pour la révolution africaine interroge à la fois la question coloniale en terme de rapports entre dominants et dominés, mais aussi la question de quelle société post-coloniale doit se mettre en place après l’indépendance non seulement algérienne, mais aussi africaine. C’est l’un des points les plus marquants de la pensée de Fanon qui est ici développé : la lutte anti-coloniale est une lutte révolutionnaire porteuse de transformation sociale.

Autre point important, les interrogations que pose l’auteur à l’ensemble de la classe politique française sur sa responsabilité dans le fait colonial et la guerre en Algérie. En considérant que la gauche française nie l’existence de l’Algérien, qu’elle ne cherche qu’à négocier, sans soutenir un effort révolutionnaire, Fanon critique ouvertement une gauche qui a décidé de rompre avec son internationalisme affiché, au profit d’un positionnement idéologique que ne renieraient pas les plus conservateurs : il n’y a pas de différence entre droite et gauche dans la question coloniale, il n’y a qu’une question de colonisateurs et de colonisés, de dominants et de dominés.

Presque inconnue en France, l’œuvre de Frantz Fanon est considérée dans beaucoup de pays africains comme primordiale dans la contestation de l’idéologie coloniale et la construction d’une pensée panafricaine de libération nationale. Nous ne pouvons que regretter les suites des révolutions algériennes et africainesqui, tout en se réclamant de l’œuvre de Fanon, n’ont pas réussi à dépasser le cadre territorial, imposé par le colonisateur.

Valentin Fremonti (AL Toulouse)

• Frantz Fanon, Pour une révolution africaine, 1964. 220 pages réédité à La Découverte Collection : La Découverte/Poche

 
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