Classiques de la subversion : Soboul, « La Révolution française »

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L’ouvrage d’Albert Soboul est un des grands ouvrages de synthèse sur la Révolution française. Cette histoire entend retracer les évènements de la période, de ses prémisses à Thermidor (chute de Robespierre), qui pour Soboul est l’apogée de la Révolution française. Cet ouvrage, à l’instar de Marx, part du principe que la Révolution Française est en grande partie explicable par la lutte des classes.

L’ouvrage revient sur l’idée que la révolution française est seulement une révolution bourgeoise où la bourgeoisie a pris le pouvoir à l’aristocratie en mettant en place des institutions lui étant propres. Pour Soboul, la révolution est évidemment bourgeoise mais pas seulement. Les luttes de pouvoir entre révolutionnaires sont la conséquence d’une lutte des classes interne au camp révolutionnaire. En effet, si la révolution a été faite au nom des idées de la bourgeoisie développées par les Lumières (Montesquieu, Sieyès…), c’est une alliance de classes sociales qui a porté le coup décisif à la royauté et à l’aristocratie. Alliance constituée par la bourgeoisie mais aussi par la paysannerie et le peuple parisien. Chaque faction ayant ses propres intérêts, cette fragile coalition va vite voler en éclats. La révolution va être l’histoire de luttes entre d’un coté les fractions bourgeoises qui veulent une monarchie constitutionnelle ou un république à l’anglaise ne permettant qu’aux riches de participer à la vie publique (Feuillants et Girondins) et de l’autre des fractions politiques représentant la petite et moyenne bourgeoisie (Jacobins, Hébertistes, Dantoniens) radicalisées idéologiquement, alliées à ce que Soboul appelle le mouvement populaire. Cette lutte culminera avec la victoire de ceux-ci lors de journées insurrectionnelles.

L’auteur s’intéresse plus en détail aux sans-culottes, qui constituent le mouvement populaire. Ceux-ci, organisés au sein des sections de la Commune insurrectionnelle de Paris, constituent pour l’auteur une «  presque classe  ». Issus également des travailleurs indépendants et des ouvriers, les sans-culottes se définissent par le costume, leur position sociale, leurs intérêts économiques (la revendication du maximum) et leurs conceptions politiques telles que le gouvernement direct et la révocabilité des élus qui justifieront les journées insurrectionnelles. L’analyse des sans-culottes montre que la Révolution française a aussi préfiguré les révolutions ouvrières des siècles à venir.

Cet ouvrage présente un grand intérêt car il permet de comprendre le caractère de lutte des classes de la Révolution française qui est complètement occulté par l’historiographie officielle. On pourra néanmoins regretter une prise de parti pro-jacobine qui préfère nettement Robespierre au mouvement populaire. Un ouvrage intéressant, à lire en même temps que Bourgeois et Bras nus de Daniel Guérin.

Matthijs (AL Montpellier)

Albert Soboul, La Révolution française, Gallimard,1984,605 pages, 15 euros

 
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