journal de bord

Combattant volontaire au Rojava #02 : « Les anciennes planques qu’avaient les YPG dans la ville se sont faites griller »

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« Les vendeurs savent pertinemment pourquoi nous sommes là. La police aussi, selon notre contact des YPG. Mais à Souleymanieh elle tolère notre venue. À Erbil, nous aurions sans doute déjà été arrêtés. »


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Nous répercutons ci-dessous le journal de bord, publié sur Facebook, d’un militant révolutionnaire francophone au sein des YPG. Il partage ses analyses, ses critiques, et relate les temps forts de son parcours. Un indispensable témoignage humain et politique.

Les intertitres et notes de bas de page sont de l’équipe web d’AL.

Lire les autres épisodes ici.


Souleymanieh, Kurdistan irakien, le 25 décembre 2016

Mon contact kurde a fini par arriver au milieu de la nuit. Il m’a présenté à un autre volontaire étranger, mi-kurde mi-européen, nous partageons désormais la même chambre d’hôtel. Le camarade kurde nous a laissé le choix : le suivre à la planque, où nous resterions deux à trois jours, sans téléphone, ni ordinateur, ni internet, ni même sans pouvoir en sortir, pour des questions de sécurité ; ou rester à l’hôtel, dont le prix de la nuit est raisonnable, et où nous sommes libres de nos mouvements.

Nous demeurons donc à l’hôtel, ce qui nous permet de visiter la ville.

Durant la journée, les rues grouillent littéralement d’une foule compacte, et de files désordonnées de véhicules de toutes sortes, de la Jeep à la moto-charrette, du taxi à la Maserati. Progresser en groupe dans cet environnement demande une certaine attention, on a tôt fait de perdre la personne qui nous précède.

Les vendeurs savent pourquoi nous sommes là

Le bazar est une ville à lui seul. On s’y égare facilement. L’autre volontaire étranger passe facilement pour un local, moi non. Il s’est acheté un couteau de combat et une lampe-torche tactique. Les vendeurs savent pertinemment pourquoi nous sommes là. La police aussi, selon notre contact des YPG. Mais à Souleymanieh elle tolère notre venue. À Erbil (ou Arbil) [1], nous aurions sans doute déjà été arrêtés.

Ici aucune trace de la guerre. Pourtant, à moins de 250 kilomètres de là, se tient l’un des fronts le plus important dans la guerre contre Daech : Mossoul.

Il y’a quelques heures nous avons rencontré un soldat peshmerga, dont certains membres de sa famille travaillent aussi au service de sécurité du GRK [2]. En temps normal nous devrions éviter tout contact avec les peshmergas, du fait de leurs relations houleuses avec les YPG. Mais il s’agit du cousin d’un cousin du volontaire étranger qui m’accompagne, et il est l’un des rares peshmergas favorables aux YPG.

L’hôtel sert à loger la plupart des volontaires étrangers

Il nous donne donc quelques conseils de sécurité, nous informe sur la situation actuelle, et, étonnement, nous dit qu’ici à Souleymanieh la plupart des gens qui nous croisent se doutent de la raison de notre venue, mais voient ça d’un bon œil. Le patron de l’hôtel lui-même sait qui nous sommes, et n’y voit aucun problème : depuis que les anciennes planques qu’avaient les YPG dans la ville se sont faites griller (« tous les chauffeurs de taxi savaient où nous nous trouvions », nous confie notre contact, c’est pourquoi la nouvelle planque est si protégée), cet hôtel sert à loger la plupart des volontaires étrangers.

Le patron nous dit qu’un Occidental a même dû y rester un mois entier, à se morfondre, en attendant que les « voies » d’accès vers le Rojava soient de nouveau ouvertes. Heureusement, nous ne devrions pas à avoir à attendre aussi longtemps.

Ci-dessous, une carte assez fiable sur l’actuelle situation géopolique et militaire dans la région.

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[1] Erbil : capitale du Kurdistan irakien.

[2] Le Kurdistan d’Irak est, depuis 2005, une région autonome d’environ 5 millions d’habitants, dont la capitale est Erbil. Le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) est dirigé par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani. Le GRK, allié d’Ankara et de Washington, est qualifié de « libéral-féodal » par la gauche kurde.

 
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