Confédération paysanne : Dur dur d’être à contre-courant

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Les 17, 18 et 19 août, la Confédération paysanne se rassemblait à Saint-Chély-d’Aubrac (Aveyron) pour fêter ses 20 ans. À quelques semaines du « Grenelle de l’Environnement », c’était l’occasion d’un bilan de son action dans le monde paysan et à l’échelle de la société française.

Vingt ans, ça se fête. Et la Confédération paysanne (CP, ou « Conf’ » pour les intimes) en a donc profité pour réunir ses militantes, ses militants et ses amis. Nombre de celles et ceux qui ont marqué son histoire étaient présents, même si ce rassemblement tranchait avec la mobilisation de masse impulsée en 2000 lors du procès de Millau à l’encontre de 10 militants qui avaient participé au démontage du McDo de la ville ou celle, encore plus imposante, de 2003 sur le plateau du Larzac.

Il est vrai que la CP n’a pas voulu ritualiser de telles initiatives, mais les articuler avec les luttes, sans oublier qu’il ne suffit pas de programmer de tel rendez-vous et de claquer des doigts pour faire converger plusieurs dizaines ou centaines de milliers de personnes.

Il faut souligner également que la CP a été ébranlée par son revers de janvier 2007 à l’occasion des élections aux chambres d’agriculture (-7,5 %) [1]. La déception a été d’autant plus profonde que l’organisation pensait progresser, voire gagner dans des départements comme l’Aveyron. La CP a dû accuser le coup et prendre un peu de recul.

Pour un syndicalisme de reconquête

Comment expliquer ce revers ?

La CP mène un combat à contre-courant dans un milieu paysan en majorité conservateur et individualiste. Il a pu y avoir des contresens sur le discours de la Conf’, interprété dans un sens protectionniste par certains. Ainsi, quand la CP défend la souveraineté alimentaire des régions du monde, il ne s’agit pas d’une utopie autarcique mais du droit pour chaque peuple de développer une agriculture diversifiée qui réponde à ses propres besoins sociaux, au lieu d’être condamnés, par la loi du marché mondial, à des monocultures exportatrices.

Aux élections de 2001, les bons résultats de la Conf’ pouvaient s’expliquer par les crises sanitaires, comme celle de la « vache folle », qui avaient fait réfléchir les paysannes et les paysans sur les dangers du productivisme capitaliste.

Dans un contexte (jusque récemment) de baisse des cours, les paysans ont eu le réflexe de chercher à étendre leurs exploitations à tout prix, accentuant la concentration des terres. La Conf’ les a au contraire encouragé à ne pas chercher à s’agrandir afin de maintenir le plus grand nombre d’exploitations possible, de limiter la spéculation foncière et de favoriser les installations. Cela n’a pas entraîné l’adhésion de la majorité de la profession…

Malgré tout, la Conf’ n’a pas perdu de forces militantes, et la lutte continue.

Peut-être que l’opposition aux OGM a braqué une partie des paysans, mais il n’est pas question de l’abandonner. Peut-être de mieux l’expliquer. En fait, la Conf’ estime avoir déployé plus d’effort pour convaincre la population en général que les paysannes et les paysans. Il va falloir corriger le tir. En Midi-Pyrénées, première région plantée en OGM, des choses commencent à bouger chez les Jeunes agriculteurs, organisation liée à la FNSEA, mais dont les certitudes sur les bienfaits de ce système commencent à être ébranlées.

Le show de Grenelle

Et c’est dans cet esprit que la Conf’, très active au sein du mouvement des Faucheurs volontaires a repris les actions de fauchage cet été, alors que le gouvernement s’apprête à réunir le « Grenelle de l’Environnement ». Cette réunion spectacle voulue par Sarkozy, qui attirera les principales associations de défense de l’environnement, devrait être le théâtre de tensions au moins sur le nucléaire et les OGM. Sur cette dernière question, le pouvoir est clairement aligné sur les exigences des lobbys agro-industriels. Le fait que les cultures d’OGM aient triplé cette année grâce à de nouvelles autorisations permettant de porter les cultures en plein champ à plus de 20 000 hectares, alors même que la population y est majoritairement opposée et que la répression se poursuit contre les faucheurs, le démontre aisément. Toutes les organisations qui se rendront au « Grenelle de l’Environnement » n’ont pas opté pour une stratégie aussi offensive et risquent de se retrouver rapidement prisonnières de la stratégie de communication de Sarkozy.

Face à cela, les actions de fauchage d’OGM et le militantisme antinucléaire doivent se poursuivre mais, pour faire contrepoids aux médias, il faudra faire preuve de plus d’audace et mobiliser plus largement, pourquoi pas en préparant dans les mois à venir un rendez-vous dans l’esprit de Larzac 2003, qui constituerait un moment fort de convergence des luttes sociales en milieux urbain et rural.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

[1] 1. À ce sujet, lire aussi l’article « Confédération paysanne : Sortir de l’ornière » de Jean-Emile Sanchez, dans Alternative libertaire de mai 2007.

 
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