Congrès CGT : Au-delà des débats de postures

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L’époque des congrès à la soviétique est bien loin. Des échanges vifs secouent les congrès CGT, portés par des délégué.es issu.es de l’extrême-gauche ou des groupes néostaliniens. Mais à Dijon, pour le 52e congrès confédéral, c’est un affrontement entre différentes sensibilités PCF qui va se jouer.

Dans Alternative libertaire de mars, nous avions analysé les documents de congrès et les enjeux en soulignant que les textes soumis au vote, souvent confus et contradictoires, reflétaient bien l’état de la CGT où les débats stratégiques sur la nature du syndicalisme n’opposent pas une base radicalisée à une direction attentiste mais divisent l’appareil de haut en bas.

Le réseau Notre CGT, lancé par Info’ com et des syndicats ou UL du Nord-Pas-de-Calais, ne semble pas avoir dépassé le cadre de ses contacts habituels, largement structurés autour de la personnalité de Mickaël Wamen (ex-Goodyear). Plus inquiétant pour la direction confédérale est l’appel à manifester le 27 avril lancé par les fédérations de la Chimie et du Commerce, avec le soutien de plusieurs UD dont trois grosses : Val-de-Marne, Nord et Bouches-du-Rhône  [1]. Contre Macron et pour un « front populaire », ralliée par les stalino-patriotes du PRCF et par la France insoumise, cette manifestation à la veille du congrès est posée pour se compter, et peser ! À l’heure où nous écrivons ces lignes, il est difficile de prédire quel en sera le résultat.

Le premier débat portera sur le bilan de la combativité de la direction confédérale, et de sa responsabilité dans l’incapacité du mouvement social à se massifier depuis la loi El Khomri jusqu’aux gilets jaunes. Difficile de faire entendre une critique équilibrée entre, d’une part, l’auto­justification de la direction confédérale et, d’autre part, les rodomontades de certains. Un exemple sur Paris : les appels à manifester avec les gilets jaunes le samedi, partis des Communaux, repris par les UD 75 puis 94, n’ont jamais, hélas, rassemblé plus de deux poignées de cégétistes.

Lutter politiquement dans la CES, ah bon ?

La question internationale va aussi être l’occasion d’affrontements. Certes, la position confédérale est entendable – « On reste dans la Confédération européenne des syndicats (CES) et dans la Confédération syndicale internationale mais on y porte le débat et on cherche des liens avec les forces syndicales intéressantes à l’extérieur » –, mais il y a de quoi rester prudent, car lutter politiquement dans la CES est une promesse guère tenue depuis l’adhésion de la CGT, en 1999...

Les groupes stals, eux, font de l’adhésion à la Fédération syndicale mondiale (FSM) une question identitaire. Certaines fédérations et UD ont déjà franchi le pas  [2]. A contrario circule un texte (« Pour un internationalisme en actes ») qui rappelle que des syndicats aussi combatifs que la KCTU de Corée du Sud sont membres de la CSI, alors que certains « syndicats » de la FSM ne sont que des appendices étatiques (Syrie, Soudan, Corée du Nord...).

Il est du coup possible que les pro-FSM focalisent sur un retrait de la CGT hors de la CES, d’autant que l’élection du leader de la CFDT, Laurent Berger, à la tête de la CES, si elle ne changera rien à son orientation générale, sera un symbole facile à agiter dans la chaleur d’un congrès.

Jean-Yves (AL 93 centre)

[1« Fédés et UDs : un appel inédit à la veille du congrès ! », Communisteslibertairescgt.org, 29 mars 2019.

[2« La FSM : curieux attelage syndicalo-étatique », Alternative libertaire, sept. 2018.

 
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