Congrès CNT : Le chat noir fait des petits

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Le XXVIIIe congrès confédéral de la Confédération nationale du travail (CNT) s’est tenu les 23, 24 et 25 janvier dernier à la Bourse du travail de Saint-Denis. L’ouverture des travaux de la centrale anarcho-syndicaliste et syndicaliste-révolutionnaire a été l’occasion de faire le point sur la croissance importante de la CNT depuis le congrès de Toulouse en 2002.

Les luttes sociales de ces deux dernières années, dans la fonction publique mais aussi dans le privé, ont fortement contribué au renforcement de la confédération qui regroupe désormais 137 syndicats contre 90 en 2002 et un nombre d’adhérents en augmentation. Les syndicats présents au congrès étaient représentatifs de cette tendance, avec une forte représentation de secteurs « raditionnels » comme l’Éducation nationale, mais aussi de secteurs émergeants au sein de la CNT comme les travailleurs des médias ou ceux de la terre et de l’environnement, constitués en coordination depuis trois ans et plus récemment en syndicat. Le congrès a d’ailleurs adopté une motion de soutien à René Riesel, paysan emprisonné sans tapage médiatique. De nouvelles réalités qui ont provoqué le débat sur la pertinence des statuts de 1946, modifiés en 1949 ; la question de la labellisation des nouveaux syndicats et du rôle provisoire des Interco (structure regroupant les travailleurs pour lesquels il n’existe pas de syndicat) ou la possibilité pour les travailleurs de la terre et de l’environnement d’employer des salariés pour une durée limitée (20 jours par an correspondants aux congés) sous le contrôle strict du syndicat ou de l’Union locale en cas de litige. La partie du congrès consacrée au fonctionnement a également été l’occasion d’échanges parfois vifs sur le rôle du service d’ordre confédéral ou la place accordée à Internet dans les échanges internes. Le rappel de la nature exclusivement syndicale de la CNT, à l’opposé du groupe politique ou affinitaire, a pu également faire l’objet de polémiques tant sur le choix du travail en externe, souvent limité à un partenariat avec des organisations politiques libertaires (Convergence des luttes antiautoritaires et anticapitalistes contre le G8, Forum social libertaire...), qu’en interne avec un rappel de l’obligation de syndicalisation dans le syndicat correspondant à son secteur d’activité s’il existe et de développement volontariste de celui-ci dans le cas contraire. Si les débats ont pu parfois être vifs entre les 200 délégués présents, l’ensemble des observateurs auront cependant pu noter la volonté d’écoute, de dialogue, d’échange et au bout du compte de recherche du consensus présente lors de ces trois jours de débats intenses. Volonté également de discussion prioritaire autour des motions - et contre motions - concernant les campagnes confédérales à venir.

Lutte de classe et internationalisme

Plusieurs thèmes ont été retenus pour les principales campagnes devant se traduire par la production de matériel confédéral : la précarité, le RMA, la réforme de la sécurité sociale, le rôle des syndicats cogestionnaires dans la casse des droits des salariés, et enfin les propositions de la CNT. La mise en place d’un régime unique de Protection sociale géré par les travailleur(se)s eux-mêmes affirmant la double nécessité de l’unité entre ceux-ci, par l’abrogation des lois Balladur-Raffarin, et de l’isolement des détenteurs du capital par la fin des exonérations, la rupture avec le paritarisme et le financement de la retraite par répartition par les cotisations salariales et patronales constitueront la base de départ de la commission chargée par le congrès de travailler sur cette question. La laïcité fera l’objet du même travail de fond, en tant que sujet transversal à l’ensemble de la société et non limité au problème - imposé par la bourgeoisie - du voile, qui abordera plus largement l’exclusion sociale traitée à travers une analyse de classe. L’internationalisme n’aurait pu faire l’objet d’une impasse lors d’un congrès CéNéTiste. Des camarades de la FAU allemande, de la CGT espagnole et de la SAC suédoise étaient présents et ont fait part des luttes menées, souvent très proches des nôtres, mais aussi des difficultés rencontrées. Les récentes attaques nazies contre plusieurs locaux de nos camarades suédois ont été particulièrement évoquées. Le développement de la presse confédérale a fait l’objet d’un point spécifique, avec la décision de faire du Combat Syndicaliste, un périodique de meilleure qualité, en aidant dans le même temps à l’émergence de journaux locaux, de syndicats ou d’Unions locales. La nature des Temps Maudits comme outil théorique de la CNT a été réaffirmé et les militants et syndicats invités à s’abonner et à diffuser plus largement les deux dernières revues - de qualité - en date, N’Autre École et Afrique XXI. Un congrès de réflexion et d’ouverture pour un syndicat de combat en pleine croissance, l’événement est assez rare dans le paysage syndical français pour être noté.

Ripley Blackcat

 
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