Congrès de l’US Solidaires : Le « suivisme » vivement critiqué

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Le congrès de l’union syndicale Solidaires s’est tenu du 3 au 5 juin 2008. Il est apparu comme un congrès de transition. Solidaires en est à une étape cruciale de sa construction alors que les règles de représentativité sont en train d’être revues (voir AL n°174).

La discussion la plus vive du congrès s’est située autour du droit de vote des Solidaires locaux, qui sont les unions locales ou départementales de Solidaires. L’organisation syndicale s’est en effet construite depuis le début sur l’unique vote des fédérations et syndicats nationaux. Instaurer le droit de vote des Solidaires locaux (en expérimentation depuis le dernier congrès) était donc un pas supplémentaire dans la structuration nationale.

Le vote des solidaires locaux : un point de clivage

Le pas n’a pas été franchi, montrant le clivage du fait de l’opposition d’une partie des « fondateurs » de l’ancien Groupe des 10, en premier lieu le Syndicat national des journalistes, le Syndicat national autonome de la Banque de France et une partie du Syndicat national unifié des Impôts.

Finalement, le congrès a décidé de se donner un an pour mettre en œuvre cette décision. On peut néanmoins remarquer sur ce sujet l’implication forte de certaines fédérations, et moins importante de beaucoup de Solidaires locaux. Cela montre que même si leur implantation a augmenté, la maturation, que cela soit en termes de fonctionnement ou de discussion politique, n’est pas aboutie ou en tout cas l’est inégalement. Il est nécessaire d’impulser au niveau local une véritable « démocratie » de décision et de discussions et d’ancrer un fonctionnement interprofessionnel dans les structures de base (syndicats et sections syndicales) pour empêcher la prise en main volontaire ou non de ces solidaires locaux par des « spécialistes ».

Un syndicalisme qui s’interroge

Mais c’est aussi la nature même de Solidaires qui a été au cœur des débats. La construction de Solidaires et notamment l’implication des Sud dans celle-ci s’est faite sur une volonté de mettre en place un syndicalisme différent. Pourtant, plusieurs fédérations et Solidaires locaux ont questionné l’orientation actuelle de Solidaires et notamment sur deux points. En tout premier lieu, la signature de l’accord fonction publique sur le dialogue social a été critiquée par plusieurs fédérations, sur la forme, en remettant en question la façon dont avait été prise la décision, et sur le fond, en pointant l’incongruité d’un accord « sur le dialogue social » avec le gouvernement Sarkozy qui continue sa politique de destruction des services publics !

Solidaires s’interroge également sur ses rapports avec les autres organisations syndicales et notamment sur les questions d’unité. Plusieurs fédérations ont ainsi critiqué vivement le suivisme vis-à-vis de la CGT, démonstration de vrais clivages d’appréciation entre fédérations. Or Solidaires ne détient pas toutes les clés. Les dernières manifestations et le nombre décroissant de participants montrent bien que les salarié-e-s attachent une importance à un front commun des organisations syndicales. Un travail est nécessaire envers les militantes et militants des autres confédérations et fédérations qui partagent cette question centrale de l’unité syndicale.

Il en découle également de vraies interrogations sur la stratégie syndicale autour des grèves de vingt-quatre heures et la signature de communiqués communs qui banalisent Solidaires en gommant toute spécificité. Cela remet en avant la question de l’identité de Solidaires et l’idée d’impulser un embryon de réflexion sur la stratégie syndicale. Le congrès de Solidaires a donc été le moment de se retrouver pour l’ensemble de l’Union. Avec une présence forte des solidaires locaux, cela marque probablement un tournant dans le fonctionnement et l’essor de cette union syndicale interprofessionnelle. L’étape des élections prud’homales à la fin de l’année sera aussi le moment de peser l’audience du syndicalisme porté par Solidaires parmi les travailleuses et travailleurs… et avant cela, dans les luttes à mener sur les retraites, le pouvoir d’achat, etc. Solidaires reste depuis sa création un outil qui a permis d’impulser des luttes. Les militantes et militants libertaires investis dans cette organisation syndicale auront leur rôle à jouer pour ré-impulser le syndicalisme de transformation sociale que Solidaires porte depuis ses débuts.

Des militantes et militants syndicalistes d’AL

 
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