syndicalisme

Continental : Clairoix ne se rend pas

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Les Conti, on n’en retient souvent que le saccage de la sous-préfecture de Compiègne ou le nom de Xavier Mathieu. Mais il y a bien plus. Depuis 2009, des camarades d’AL les ont ici et là accompagnés, ont participé à des actions de solidarité. Point sur la situation et regard vers l’avenir.

Après le jugement rendu par la cour d’appel d’Amiens, qui a invalidé le motif économique des 680 licenciements des Conti, le 30 septembre 2014, soit cinq ans après les faits, 670 salariés ont reçus un chèque. Malgré les quatre jugements rendus en faveur des Conti depuis deux ans, Continental continue à faire appel.

Les Conti continuent la lutte pour le symbole, d’où leur AG du 5 décembre mais aussi pour les 485 copains qui sont encore inscrits à Pôle Emploi et dont 55 ont déjà basculé à l’ASS ou sont en passe de le faire. Ceux-là vont devoir vivre avec 483,30 euros par mois.

Mais  ne parlez pas d’argent aux salariés, car derrière le combat des Conti, il y a une réalité dont on ne parle jamais : des dépressions, des suicides de ceux qui ont perdu leur maison, ont connu un divorce (plus de 180 ont été dénombrés), ont été atteints par des cancers ou par des problèmes cardiaques. Et cela ne se borne pas aux Conti : 2 000 emplois ont été perdus à cause de Continental dans les boîtes alentour.

Aujourd’hui, sur les 1.113 ex-salariés de Clairoix, une centaine ont retrouvé un emploi en CDI. Une quarantaine ont créé leur entreprise et beaucoup vivent tant bien que mal de missions d’intérim en CDD précaires n’excédant pas les six mois.

Certains ont eu un drôle de parcours. En effet, après avoir quitté ­Clairoix, ils ont été embauchés chez Peugeot dans le 93 et ont participé à nouveau à la lutte… et se sont ­retrouvés à nouveau dehors.

Le comble, c’est que l’argent des indemnités de licenciement, il faudra peut-être le rendre si Continental maintient sa volonté de se pourvoir en cassation et finit par gagner devant les tribunaux.

Parmi les crapuleries, après trente-sept ans d’ancienneté au poste de malaxeur, un gars s’est vu proposer un emploi chez Siemens (racheté 11 milliards d’euros par Continental) en Tunisie. Un emploi à 137 euros par mois. Il a bien fait de ne pas se délocaliser : la boîte a fermé il y a un an !

Matelas de 12 milliards d’euros pour les actionnaires

Pendant ce temps-là, l’action de Continental a crevé le plafond des 200 euros tout dernièrement, contre 9 euros en 2009. Continental s’est désendetté de 6 milliards, et a pu réunir en liquidités un matelas de 12 milliards d’euros « pour répondre à toute opportunité », disent-ils.

En février 2015, le comité de lutte a organisé une montée en car à Aix-la-Chapelle. En effet, le syndicat national de la chimie IG-BCE leur a proposé une conférence de presse à Hanovre avec le quotidien de la région pour y défendre publiquement leur cause. Bien sûr, la lutte a laissé des aigreurs, des incompréhensions. Des difficultés sur les relations entre comités de lutte et intersyndicales.

Il y a eu différents films autour de la lutte : La Saga des Conti mais aussi le film autour de cinq Conti qui s’appelle Et alors qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce que ça change ? Un magnifique moment de résistance ouvrière, un moment de vraie autonomie ouvrière telle qu’on l’a connue dans les années 1970 en dehors des partis et directions syndicales et aussi un grand moment d’aventure humaine. Et qui dure encore !

Le site de Continental vient de faire l’objet d’une décision de justice pour permettre à SITA d’en faire un lieu de retraitement malgré le refus de plusieurs communes et milliers d’habitants. Néanmoins la SITA abandonne son projet. Mais rien ne dit qu’elle ne reviendra pas avec un autre. Une nouvelle lutte écologique où nous prendrons notre place.

Noël (AL Compiègne-Noyon)

Photo : JMB/Photothèque rouge

 
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