Contre Raffarin : Une question de priorités

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Alors que le gang Raffarin-Seillière poursuit son casse des droits sociaux et des libertés en France, le mutisme domine chez les opprimé(e)s. Quelques réflexions pour tordre le coup à la fatalité.

Morose automne. C’est bien le calme qui règne depuis septembre. Un calme à peine troublé par les actions des intermittent(e)s du spectacle qui poursuivent leur lutte exemplaire contre l’accord scélérat Medefdt du 26 juin, accord qui brise leur statut et taille en pièces leur système d’assurance chômage.

Nous avons été nombreux(ses) à ne pas croire que la résignation et le fatalisme seraient de mise après la cuisante défaite de mai-juin 2003 contre le projet Fillon de destruction des retraites. La colère qui s’est alors exprimée, la détermination des enseignant(e)s, la rage des intermittent(e)s pouvaient laisser penser qu’en septembre, Raffarin aurait du souci à se faire.

Mais voilà, la lutte par procuration, cela ne marche pas, il est temps d’en faire le deuil.

Jeu dangereux

Dans le bilan que nous avons pu faire de cette défaite, nous pointions alors (Alternative libertaire n° 120, juillet-août 2003) plusieurs problèmes comme : le décalage entre l’annonce des grandes lignes du projet du gouvernement (été 2002) et la diffusion des argumentaires des syndicats (à partir de janvier 2003 !), mais aussi le fait que la question du « débouché politique » ait servi de principal frein au travail de préparation de la lutte sur les retraites. Pendant des mois beaucoup de militant(e)s d’extrême gauche ont eu la tête ailleurs, obnubilé(e)s par la perspective de la création d’une nouvelle force politique capable de bousculer le poids institutionnel du PS. Ce temps a été précieusement mis a profit par le gouvernement Raffarin pour lancer son offensive antifonctionnaires et blinder son discours qui postulait qu’une seule voie était praticable, celle qui passait par la réduction des droits collectifs.

On assiste à un scénario similaire sur l’avenir de l’assurance maladie, à ceci près que le gouvernement sort par ailleurs une contre-réforme par semaine (rémunération des fonctionnaires au mérite, remise en cause des 35 heures et des congés, fiscalité sur mesure pour la bourgeoisie, code du travail remodelé pour le Medef, revenu minimum d’activité...) et que la défaite sur les retraites rend pour l’instant totalement hypothétique une confrontation majeure avec lui et le Medef.

Face à cela, on assiste à une accélération du recentrage de la CGT (voir l’accord sur la formation professionnelle page 6) et à un attentisme dans presque tous les domaines de la part des équipes syndicales.

Le Forum social européen qui pourrait être un formidable moyen de préparer des mobilisations, ne met pas les luttes au centre de ses préoccupations et sert volontiers de terrain de manœuvres et de recomposition à plusieurs forces politiques en vue des élections de mars et de juin 2004 (lire page 8). Les priorités ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Cette situation est consternante et dangereuse. Sur la Sécu, comme dans d’autres domaines, beaucoup de choses vont se jouer dans les semaines qui viennent. Si aucun travail d’information, de sensibilisation et de préparation de la mobilisation des salarié(e)s n’est entrepris d’ici janvier, il y a fort à parier que les voix des syndicalistes de lutte deviendront alors inaudibles. À ce moment-là la campagne électorale battra son plein et seuls les partis sollicitant les suffrages des électeur(trice)s auront la parole. Parce que le gouvernement craint, à raison, qu’un débat sur sa politique économique et sociale désastreuse ne tourne pour lui au jeu de massacre, il s’efforcera dès la fin du mois de décembre de déporter le débat politique sur des questions identitaires comme celle du foulard et de la laïcité.

Il n’y a pas de recette miracle pour sortir de cette impasse. Regagner la confiance des salarié(e)s, mais aussi des chômeur(se)s passe par un réinvestissement du terrain professionnel et une réimplication du syndicalisme dans les luttes impulsées dans les mouvements de chômeur(se)s (contre le RMA, la remise en cause de l’allocation spécifique de solidarité, pour un relèvement substantiels des minimas sociaux).

Revenir sur le terrain

C’est la voie suivie par les travailleurs(ses) des départements d’outre-mer (DOM). Ainsi la Martinique et la Guadeloupe ont connu, début octobre, de forts mouvements de grève en réponse au projet de députés UMP de supprimer l’indemnité de vie chère qui a pour effet de relever de 40 % les salaires (ce taux atteint même environ 125 % à la Réunion) par rapport à ceux versés en France métropolitaine. Certains de ces députés veulent également annuler le doublement de la retraite pour les originaires des DOM qui repartent y vivre au moment de leur départ en retraite. En Guadeloupe, de nombreux secteurs du privé et du public étaient touchés par ces mouvements de grève passés sous silence par les médias français, les syndicalistes de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe bloquaient les ports et docks ainsi que plusieurs routes paralysant ainsi presque totalement les transports de marchandises. Craignant un embrasement des DOM, la ministre des colonies, Brigitte Girardin, a déclaré que le gouvernement s’opposait à ces initiatives parlementaires. Ces paroles ont débouché sur une suspension sans doute provisoire des grèves.

C’est donc en sensibilisant, en se serrant les coudes et en se mobilisant sur la question des conditions de travail et de vie de plus en plus dégradées et aliénantes, sur l’emploi, la remise en cause des congés et de la réduction du temps de travail et bien sûr la question du fric qui est centrale qu’il sera possible de regagner progressivement la confiance des travailleur(se)s et chômeur(se)s. C’est donc aussi à travers des conflits locaux et sectoriels qu’il sera possible de poser la question de la reconstruction d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale.

L. E.

 
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