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Contre une immigration jetable : c’est maintenant qu’il faut lutter !

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On compte maintenant 150 associations, syndicats, collectifs de sans-papiers, organisations politiques rassemblées dans le collectif “ Uni(e)s contre une immigration jetable ”. Son objectif : dénoncer et bloquer le projet de loi sur l’immigration concocté par Sarkozy [1]. 150 pour rappeler que s’attaquer aux droits aux immigrés, c’est s’attaquer aux droits de toutes et tous. La mobilisation doit encore s’étendre et se renforcer.

« Comme tous les jours, vous déjeunez avec votre collègue Paola. Elle a été embauchée pour une durée d’un an non renouvelable, selon une procédure prévue par la nouvelle loi. Depuis deux mois, vous êtes la seule personne à qui elle ose parler du cauchemar quotidien qu’elle vit, en raison du harcèlement sexuel dont elle est victime par son directeur. Vous lui avez dit que des lois existent pour la protéger. Comme elle l’a prévenu qu’elle allait porter plainte s’il n’arrêtait pas, son directeur lui a annoncé, du coup, qu’elle sera licenciée. En fait, Paola pourrait l’attaquer en justice pour harcèlement, mais le licenciement met fin à son droit à un titre de séjour depuis la loi de 2006... Elle sera loin avant de voir l’issue du procès, et son employeur le sait. Vous n’aviez pas réalisé que Paola était à ce point sur un siège éjectable, et que sa vie en France ne dépendait que du bon vouloir de ses employeurs... » [2]

Politique-fiction ? Pas vraiment, seulement une situation banale demain si nous laissons faire le gouvernement. En quelques mots, sa nouvelle loi relative à l’immigration vise à constituer une masse de travailleur(e)s sans droits dont le séjour est conditionné au contrat de travail, à restreindre les conditions d’entrée sur le territoire et à trier les “bons” des “mauvais(es)” immigrant(e)s en fonction des besoins de l’économie française, à précariser les titres de séjour et les droits qui leur sont associés, à limiter drastiquement le droit de vivre en couple et en famille, à condamner les sans-papiers à l’irrégularité perpétuelle ou à l’expulsion.

Toutes choses qui nous concernent toutes et tous, et très directement : au travail, dans notre vie amoureuse et amicale, dans nos lieux de vie. Sarkozy veut une immigration choisie, entendez malléable et corvéable pour le patronat et rassurante pour l’électeur gavé aux arguments sécuritaires et xénophobes. Nous refusons de subir la destruction des droits du travail, des droits sociaux, des droits fondamentaux, et la désintégration des liens de solidarité à l’échelle nationale comme internationale que son projet de loi contribue à alimenter. Nous refusons le projet de société ultralibéral, raciste et sécuritaire que le gouvernement n’a de cesse d’imposer.

Riposter et gagner

Il reste peu de temps pour opposer un front d’ampleur au projet gouvernemental. La loi devrait être présentée à l’Assemblée au printemps prochain. Alternative libertaire a rejoint le collectif “ Uni(e)s contre une immigration jetable ”, fondé sur l’initiative d’associations de lutte pour les droits des immigré(e)s. Il s’agit d’analyser le projet de loi [3] et de sensibiliser largement et au-delà des réseaux militants sur ses effets, mais aussi de construire une mobilisation à même de l’empêcher de passer. Des actions ont déjà vu le jour : pétition, réunion publique d’information le 28 janvier dernier à Paris, conférences de presse, production de matériel d’information et de sensibilisation, participation à des manifestations allant de celle contre le CPE le 7 février comme celle des sans-papiers le 18 février dernier, interpellation d’élu(e)s et de personnalités...

D’autres sont à venir, localement et hexagonalement, jusqu’à la manifestation prévue au printemps. Des collectifs locaux sont en cours de constitution, afin d’organiser des débats, des concerts et autres événements permettant une sensibilisation. C’est grâce à l’entrecroisement de la mobilisation locale et d’initiatives nationales que nous pouvons espérer gagner.

Lier les luttes entre elles

C’est aussi en tissant les liens avec d’autres luttes, celles des collectifs de sans-papiers et du Réseau éducation sans frontières bien sûr, mais aussi celles sur l’emploi, celle pour le logement, que la conscience de l’étendue du désastre de ce projet de loi peut être renforcée. Attaquant sur tous les fronts, ce gouvernement nous oblige à nous morceler, et nous pousse à passer d’une urgence à une autre. C’est en insistant sur la dimension systémique de ces attaques que nous pourrons résister. À ce titre, l’investissement des syndicats dans la lutte contre le CESEDA est indispensable, tant pour la faire aboutir que pour déconstruire les réactions xénophobes qui ont déjà cours, mais qui ne manqueront pas d’être réactivées, dans le monde du travail.

Quant à nous, libertaires, nous devons opposer aux logiques à l’œuvre la liberté de circulation et d’installation ancrée dans le projet fédéraliste, libertaire et égalitaire. Tout en défendant le bon sens et le réalisme de mesures intermédiaires comme l’abrogation des lois répressives sur l’immigration adoptées depuis vingt-cinq ans, le respect du droit d’asile, la régularisation de tous les sans-papiers, ou encore l’arrêt immédiat des expulsions et la fermeture des centres de rétention. À l’heure où la France est épinglée sur ses prisons et ses politiques d’immigration par un rapport du commissaire européen des droits de l’homme, nous ne demandons pas l’impossible !

Corinne (AL Paris-Est)

[1Voir Alternative libertaire n° 148, février 2006.

[2Extrait du flyer d’information conçu par le collectif « Uni(e)s contre une immigration jetable ». Pétition en ligne, informations et analyses sur le projet sont disponibles sur le site Unis contre l’immigration jetable.

[3cf. Alternative libertaire, n° 148, février 2006

 
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