Convergence des luttes : Front social contre affronts du capital

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Face à la politique de casse sociale du gouvernement PS/Verts, le mouvement social peine à entraîner les salarié-e-s pour construire une riposte d’ensemble. La convergence des luttes ainsi que l’émergence d’un pôle anticapitaliste sont de plus en plus urgentes pour changer la donne et faire émerger un autre projet de société.

Chasse aux Rroms, accord national interprofessionnel (Ani), coupes sombres dans la fonction publique, opposition à la loi d’amnistie des syndicalistes... Si le gouvernement n’assume pas officiellement l’austérité de gauche, cela ne fait plus illusion auprès des salarié-e-s. À cela se rajoutent les «  affaires  » éclaboussant le PS et l’UMP. «  Reste  » maintenant à réussir à convaincre qu’en se battant on peut gagner, que l’alternance entre austérités de gauche et de droite n’est pas la seule alternative possible.

Malheureusement, ce sont plutôt la droite et l’extrême droite qui sont à l’offensive. La mobilisation des cathos intégristes contre le mariage pour tous semble s’essouffler, mais a néanmoins redéfini les lignes politiques par la base. La «  manif pour tous  » de Frigide Barjot entend présenter des candidats aux municipales. Fachos en tout genre sympathisent avec des jeunes sarkozystes, poussant l’UMP à la surenchère. Le FN, assez discret sur cette mobilisation, se restructure en interne et entend occuper le terrain social.

Changer de système, pas de République  !

Le Front de gauche (FdG) entend s’affirmer comme le pôle de résistance à gauche, sans toutefois arriver à trancher entre soutien critique ou opposition au gouvernement. De fait, il occupe l’essentiel de l’espace et a rallié à lui bon nombre d’organisations et de militants et militantes à la gauche du PS. On ne peut que saluer le succès de la manif «  coup de balai  » du 5 mai dernier, une mobilisation contre l’austérité et la corruption était nécessaire dans la période pour ne pas laisser l’espace au «  tous pourris  » du FN. Cependant, comment croire qu’on va changer la donne en renouvelant le personnel politique et en instaurant une VIe République  ?

Découpler la démocratie de l’organisation de la société dans son ensemble et notamment de la sphère de la production est une impasse. C’est bien parce que les capitalistes détiennent les moyens de production qu’ils ont le pouvoir, d’où la nécessité de leur expropriation. De même, l’intervention populaire ne peut se résumer à la seul question des référendums, les travailleurs et les travailleuses doivent intervenir à tous les niveaux, élire des mandaté-e-s, les contrôler et, le cas échéant, les révoquer. Nous ne voulons pas changer de République, nous voulons construire une nouvelle société  ; nous ne voulons pas assainir le capitalisme en mettant au pas la finance, nous voulons nous débarrasser de ce système fondamentalement injuste et inégalitaire. A cet égard, la stratégie de front anticapitaliste portée par AL commence à porter ses fruits (voir article ci-dessous), et doit être amplifiée. Le projet autogestionnaire doit être popularisé, et les Foires à l’autogestion de Paris et Toulouse (voir page suivante) y contribuent.

L’incontournable convergence des luttes

Ces divergences de projets entre gauche radicale réformiste et gauche anticapitaliste ont des conséquences très pratiques. Ainsi la manif du 5 mai était formellement découplée du 1er mai, mais il s’agissait bien d’encourager les syndicalistes à voir la VIe République et plus généralement l’accession de Mélenchon au pouvoir comme des débouchés politiques des luttes actuelles.... et des difficultés qu’elles rencontrent. Alternative libertaire affirme à l’inverse que c’est par la construction d’un mouvement d’ensemble qu’on inversera le rapport de forces. Attendre une improbable victoire électorale du Front de gauche dans quatre ans ou plus serait suicidaire. Pour construire ce mouvement, attendre une vague sociale sur laquelle surfer n’est pas suffisant, il faut œuvrer dès maintenant à l’impulsion et à la convergence des luttes.

Il est clair que cela n’est pas simple dans la période actuelle. Pour autant, les résistances existent. Comme à PSA, Virgin, Fralib, Sanofi, Goodyear, malgré les difficultés à construire la convergence. Comme à Notre-Dame-des-Landes. Comme contre les expulsions de logements et la chasse aux Rroms.

A nous d’impulser ces luttes ou de les soutenir, et d’élargir leur horizon. En effet, la convergence des luttes ne se fera pas sans décantations sur le projet de transformation sociale et le socle revendicatif. AL entend bien s’inscrire dans ces débats, notamment par la mise en avant de mots d’ordre de rupture (droit de véto des travailleuses et des travailleurs sur les licenciements, réquisition et autogestion des entreprises, liberté de circulation, sortie du nucléaire, fin des grands projets inutiles, etc.).

Par ailleurs, confortés par leurs premières victoires, patronat et gouvernement entendent maintenant s’en prendre à l’ensemble du salariat avec une nouvelle réforme des retraites. La CFDT avait exigé lors de la réforme Fillon de 2010 qu’une réforme systémique soit engagée dés 2013.

Vers un nouveau mouvement contre la casse des retraites  ?

Ses vœux sont exaucés  : le gouvernement va informer de ses projets à la conférence sociale les 20 et 21 juin, en vue d’un passage au parlement à partir de septembre 2013. PS, UMP, Medef, CFDT et think-tank divers défendent tous le passage à un système unique, calqué sur le modèle suédois de retraites par répartition mais à cotisations définies. La pension théorique des retraité-e-s dépend de ce qu’ils ont capitalisé virtuellement via des prélèvements fixés définitivement à 16 % du salaire, ainsi que de leur âge de départ comparé à leur espérance de vie. Cependant, un «  mécanisme d’équilibrage automatique  » s’ajoute ensuite, afin que le total des pensions versées soit égal au total des cotisations prélevées au même moment sur les salaires des actifs. Concrètement, s’il y a «  trop  » de retraité-e-s par rapport aux actifs, les pensions sont diminuées et c’est réglé, plus besoin d’aller chercher l’argent du patronat ou d’engager une réforme tous les quatre ans pour combler le prétendu « trou de la Sécu ». Ça va faire mal. La CGT estime ainsi que les pensions suédoises vont baisser de 40 % entre 2010 et 2015.

Difficile de savoir si ce projet sera sérieusement mis sur la table ou s’il s’agit de nous faire passer un allongement de la durée de cotisation comme un moindre mal. Dans les deux cas, rappelons-nous que les réformes des retraites ont toujours été à l’origine de grand mouvements sociaux. Bien des salarié-e-s gardent encore en mémoire la mobilisation de 2010, et beaucoup ont voté Hollande en espérant amortir les coups. A nous de mettre en œuvre tous les moyens pour que ce soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase.

Grégoire (AL Orléans)

 
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