Côte d’Ivoire : La France au secours de ses propres intérêts

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L’ex-protégé de l’Elysée et du Parti socialiste, Laurent Gbagbo, est déchu. La Françafrique a misé sur un potentat puis sur un autre. Alassane Ouattara a-t-il de l’avenir ? La Côte d’Ivoire, elle, n’en a pas dans ce système de tutelle inacceptable.

La partie est finie pour le président ivoirien, Laurent Gbagbo. Détrôné par la France, à l’ancienne ! Les Forces nouvelles – rebaptisées Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) – n’ont plus eu qu’à le cueillir, grâce au coup de pouce décisif donné par les forces de l’Onu et par l’armée française – la fameuse force Licorne – entrées en scène à l’acte final.

Alassane Ouattara accède donc à la présidence. Avait-il vraiment recueilli la majorité des voix lors du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010 ? Vu l’importance des fraudes de part et d’autre, on n’en sera jamais certain. Mais cela importe peu : les puissances étrangères l’avaient de toutes façons choisi depuis longtemps.

La France, en mettant ses troupes en branle pour la bataille d’Abidjan, a cherché à s’assurer que la Côte d’Ivoire de demain restera dans son orbite. C’est ce qu’elle avait fait en 2002, quand les troupes françaises avaient volé au secours d’un Laurent Gbagbo menacé par la rébellion.

Redevable à l’Elysée

C’est ce qu’elle a fait de nouveau en avril, en aidant à chasser le même Gbagbo devenu, entre-temps, ingérable. Et quel luxe de pouvoir le faire en toute « légalité », avec un mandat de l’Onu !

Alassane Ouattara n’est pas issu d’une écurie françafricaine. Cet ex-cadre dirigeant du FMI est plutôt proche, politiquement et culturellement, des Etasuniens. Désormais, il sera redevable de son poste à l’Élysée. Cela devrait l’aider à se souvenir ce qu’on attend de lui : qu’il préserve les intérêts économiques français dans le pays. Bouygues y gère l’eau et l’électricité ; la Société générale, la BNP et le Crédit lyonnais y ont la haute main sur le secteur bancaire ; Orange domine le marché des télécoms ; Bolloré a la mainmise sur l’industrie portuaire.

De Gbagbo à Ouattara, aucun ne défend les intérêts du peuple ivoirien. Les forces armées qui les ont soutenus – Jeunes Patriotes et Armée ivoirienne du côté de Gbagbo, FRCI du côté de Ouattara – ont semé la terreur dans la population civile, commettant pillages et massacres racistes. Et Gbagbo comme Ouattara ont dépendu de puissances étrangères qui ont misé sur un potentat, puis sur l’autre, pour assurer la continuité de leurs affaires. A présent, la position de Ouattara est fragile : arrivé au pouvoir grâce à une puissance étrangère, obligé de « couvrir » les crimes de guerre des FRCI, il ne parviendra sans doute pas à asseoir sa légitimité. A quand un mouvement populaire en Afrique subsaharienne, sur le modèle maghrébin ? La roue tourne pour les valets de l’impérialisme. Ce n’est que débarrassée d’eux que la Côte d’Ivoire pourra construire son avenir.

Quant au mouvement social français, son devoir est de crier : « À bas l’impérialisme ! Retrait des troupes françaises de Côte d’Ivoire ! Liberté pour les peuples ! »

Guillaume Davranche (AL93)

 
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