Courrier d’un lecteur : Où va donc Solidaires ?

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Jean-Christophe, militant CNT à Rennes écrit à Alternative libertaire :

Je m’étonne […] de ne pas trouver, face aux dérives de l’appareil de Solidaires, la moindre once de critique dans les colonnes du journal […]. Et pourtant ! Que dire de l’attitude de Sud-PTT qui n’a pas posé son veto face à l’interdiction de tout droit syndical pour la CNT-PTT, se rendant directement complice de la direction ?

Plus grave, comment qualifier la participation de Solidaires à l’expulsion manu militari du 9e collectif de sans papiers de la bourse du travail de Paris aux côtés de la CGT, FO et la CFDT ? Où sont passé-e-s les « valeurs » solidaires des SUD qui aujourd’hui se substituent à la police ? Sarkozy fera-t-il appel demain à SUD-Aérien pour organiser les charters, à SUD-Rail pour remplir les wagons ? […] Il serait grave qu’AL privilégie le « patriotisme syndical » à la dénonciation de cette ignominie.


UNE RÉPONSE D’UN CAMARADE POSTIER

À trop vouloir prouver, il arrive qu’on torde un peu le bâton. Il ne s’agit pas de mettre en cause l’honnêteté du lecteur de Rennes, mais la partialité, pour ne pas dire la mauvaise foi de ses sources d’information.

1) Depuis plusieurs mois il traîne des rumeurs selon lesquelles Sud-PTT n’aurait pas usé de son « droit de veto » contre l’accord sur le droit syndical à la Poste de janvier 2006.

Le droit syndical fondé sur des droits de la fonction publique est passé sous le régime du droit du travail privé.

Primo, ce que tout-e salarié-e – et a fortiori tout-e syndicaliste – devrait pourtant savoir, c’est que si les syndicats avaient un droit de veto dans les entreprises, ça se saurait !

Secundo, dans une entreprise, quand le patron propose un accord, il lui suffit qu’un seul syndicat représentatif, même ultraminoritaire, le signe pour le valider. Pour l’invalider, au contraire, il faut qu’un ou plusieurs syndicats représentant une majorité du personnel s’y opposent.

Or Sud et la CGT, seuls non-signataires de cet accord, ne s’y sont pas opposés, bien que représentant à eux deux une majorité du personnel. Mais l’auraient-ils fait qu’on n’en serait pas resté à la situation antérieure ! Soit la Poste appliquait de manière unilatérale ses propositions initiales, inférieures à l’accord signé, soit elle se calait sur le droit « plancher », encore plus inférieur, défini par le code du travail. En tout état de cause, elle n’en serait pas restée au droit syndical « Fonction publique ».

Cet accord entraîne une baisse des moyens alloués aux syndicats (courrier en dispense d’affranchissement, locaux, autorisations d’absence, panneaux syndicaux). La CGT y perd un peu, Sud davantage. En réservant ces moyens aux seuls syndicats représentatifs, comme c’est la règle dans le privé, la CNT-PTT perd presque tout. Ça, ce sont les faits.

L’attaque dont Jean-Christophe, de Rennes, se fait le relais manque sa cible pour deux raisons. D’une part parce que les faits qu’il rapporte sont erronés : le droit de veto syndical n’est que pure imagination. D’autre part parce que le motif de son indignation est en lui-même ambigu : la CNT-PTT perd des droits institutionnels tout en se targuant d’être « non institutionnelle » puisqu’elle ne souhaite pas faire reconnaître sa représentativité – ce qui est son droit le plus légitime. Pourquoi donc ces récriminations après-coup et pourquoi faire porter à d’autres ses propres contradictions ?

Pour prendre un peu de recul : l’accord de janvier 2006 est une répercussion secondaire de la privatisation rampante de la Poste, qui est entrée dans sa phase la plus active. C’est plutôt à batailler sur ce terrain là que Sud-PTT consacre son énergie. Quelles gorges chaudes on ferait si ce syndicat en venait à faire campagne sur ses subventions perdues, alors qu’il ne se passe pas un jour sans qu’un bureau de Poste ferme ses portes, qu’un centre financier soit « dégraissé », un centre de tri liquidé, des emplois de facteurs supprimés... et des syndicalistes réprimé-e-s ?

2) En ce qui concerne l’occupation de la bourse du travail de Paris par le 9e Collectif de sans-papiers, voici les faits, qui frappent de nullité les propos du lecteur de Rennes accusant Solidaires de se « substituer à la police ».
- Le 10 février 2007, le 9e Collectif de sans-papiers investit, de sa propre initiative, la bourse du travail rue du Château-d’Eau à Paris. Le conseil d’administration (CA) et les unions départementales (UD) sont profondément divisés : CFDT et CFTC sont pour son expulsion (y compris par la force publique). Solidaires-Paris et l’UD-CGT sont contre. Au final, il y aura un premier communiqué, assez bâtard, dans lequel les UD prennent acte de l’occupation sans l’approuver mais rappellent leur soutien aux luttes des sans-papiers.
- La situation se tend progressivement et pour tenter de la résoudre, à l’initiative de Solidaires Paris, une rencontre tripartite a lieu le 7 mars entre le 9e Collectif, le CA et les UD. Solidaires Paris et la CGT réaffirment leur opposition à toute expulsion et proposent au 9e Collectif de travailler conjointement. Sans résultat.
- Fin mars a lieu une nouvelle réunion du CA. Les positions ont bougé, les UD envisagent désormais l’expulsion. Solidaires-Paris se désolidarise des autres UD.
- Le 6 avril, les UD-CGT et FO organisent l’expulsion.
- La CGT-Correcteurs envoie un communiqué de protestation. Solidaires-Paris continue de revendiquer la participation des associations du mouvement social à la bourse du travail.

3) Pour finir : la suggestion que Sarkozy puisse être épaulé par Sud-Aérien et à Sud-Rail pour « remplir les charters » et les « wagons ». Les camarades de ces syndicats apprécieront. Ceux et celles qui ont organisé les blocages de trains il y a quelques années, quand nombre de reconduites partaient de la gare de Lyon ; ceux et celles qui ont défendu les personnels aéroportuaires, interdits professionnels en raison de leur origine ou de leur religion supposée. Ici, sous l’ignorance du lecteur de Rennes, ne perce plus que la haine...

Gérard (AL Transport-Communication et militant Sud-PTT)

 
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