Dans le camp d’en face : Le SMIC doit mourir pour que le MEDEF vive

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le CAE, un des think tank de Matigon, a commis un nouveau rapport d’« analyse économique » cet été. En ligne de mire, le Smic.

Début 2007, le Conseil d’analyse économique (CAE) avait rendu un rapport préconisant l’ouverture des grandes surfaces le dimanche et l’abrogation de la durée légale du travail. On a vu par la suite les réformes qui ont suivi les préconisations de cette officine liée à Matignon. Cet été, le CAE a édité ses réflexions sur le Smic et le RMI [1].

Sur un ton toujours très humaniste, le CAE se demande si le SMIC ainsi que le RMI sont des bons outils pour lutter contre les inégalités de richesses et la pauvreté. La réponse est non, bien sûr. Le Smic est perçu comme créateur d’inégalités, puisqu’il est régulièrement réévalué à la hausse… et que cela lèse les cadres ! Déjà en 2005 le baron Seillière, président du Medef, trouvait que les smicards et les RMistes percevaient trop de revenus.

Les auteurs du rapport avancent ensuite que le Smic et le RMI sont des mesures « “désincitatives” à l’investissement des salarié-e-s » dans la production. Outre la continuelle stigmatisation du « chômeur/escroc/feignasse », on trouve maintenant le « travailleur pauvre/feignasse ». Stigmatisation corroborée par une affirmation sans complexe : ce qui compte dans le revenu, ce n’est pas le salaire horaire, mais le nombre d’heures travaillées. En résumé : « Travailler plus pour gagner plus ». Et ainsi les analyses économiques, dociles, se coulent dans le moule du slogan présidentiel.

S’en suivent les mesures préconisées. La principale – et la plus dangereuse – est de changer le mécanisme de réévaluation annuelle du Smic. À l’heure actuelle cette réévaluation est indexée sur l’inflation. L’augmentation est donc automatique. Le CAE propose que cette réévaluation soit désormais inscrite dans la Loi de finances votée annuellement. C’est-à-dire que le soin sera laissé au Parlement de juger s’il est « opportun » ou non de relever le Smic. Le pouvoir politique étant au service du patronat, on connaît d’avance la réponse. Combiné aux précédentes propositions du CAE, on en arrivera vite à « Travailler plus en gagnant moins ».

En digne héritier de Hayek, conseiller économique de Pinochet, le CAE propose ensuite d’autoriser, dans les branches, la négociation de salaires planchers inférieurs au Smic…on se demande, dès lors, à quoi peut bien servir le Smic ?

La peur d’un nouveau CPE

En fait le CAE applique la ligne décidée par l’OCDE qui est de faire baisser les salaires en Europe, et il ajoute deux perfides suggestions allant encore dans ce sens.

La première est de récompenser les entreprises qui seraient assez vertueuses pour respecter un Smic devenu facultatif en… les exonérant de cotisations sociales ! Mais comme par ailleurs cette exonération ne s’appliquerait qu’aux bas salaires, ce serait ni plus ni moins un encouragement aux bas salaires. Tout cela entraînera une baisse quasi certaine des revenus salariaux. D’où cette seconde suggestion du CAE : refondre les régimes d’allocations et de revenus minimaux pour « inciter les oisifs » à travailler malgré tout.

En revanche, le CAE déconseille d’instaurer un « Smic jeune ». Les auteurs expliquent qu’au vu des mouvements contre le CIPen 1994 et le CPE en 2006, ces mesures sont trop dangereuses. La bourgeoisie ne comprend que le rapport de forces ! À bon entendeur…

Sophie (AL Nantes)

[1Disponible sur www.cae.gouv.fr

 
☰ Accès rapide
Retour en haut