Déforestation : Une catastrophe programmée

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La destruction des forêts s’accélère et avec elle celle de la biodiversité et des conditions de vie de bien des humains. L’exploitation industrielle de la nature est en cause et pour éviter la destruction totale, un modèle de développement alternatif au modèle de croissance capitaliste est nécessaire.

Selon une enquête mondiale par télédétection publiée en décembre 2011 à la demande de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la superficie totale des forêts totalisait 3,69 milliards d’hectares en 2005, soit 30 % de la superficie mondiale. Ainsi selon le World Resources Institute, 80 % de la couverture forestière mondiale originelle a été abattue ou dégradée, en grande partie au cours des trente dernières années. Au rythme actuel, les forêts tropicales auront quasiment disparu en Afrique dans dix ans, en Asie du Sud-Est dans quinze ans et en Amazonie dans quarante ans.

Des conséquences catastrophiques

Les forêts sont des sources de bois de construction, de combustibles, de nourriture, de médicaments, et de refuge pour de nombreuses populations. Et deux tiers des grandes villes des pays du Sud dépendent des forêts pour leur eau potable.

Elles sont indispensables à la lutte contre les avalanches et les glissements de terrain, à la stabilisation des dunes de sable et à la protection des zones de littoral. Les mangroves jouent un rôle de barrière contre les tsunamis, les cyclones et les ouragans.

Les forêts jouent un rôle essentiel dans la régulation des eaux pluviales  : la déforestation favorise la multiplication des inondations. Privés de la protection du couvert forestier, les sols s’érodent. Les terres agricoles gagnées sur les forêts tropicales sont rapidement touchées. Selon le programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), la superficie touchée par l’érosion dépassait deux millions de kilomètres carrés pour l’ensemble de l’Amérique latine tandis que 70 % des terres arides productives avaient été affectées par la désertification.

Environ 40 % du carbone terrestre est stocké dans la végétation et les sols des forêts. En raison de la déforestation opérée depuis des siècles aux latitudes moyennes et élevées, et dans la dernière partie du XXe siècle dans les régions tropicales, des quantités considérables de carbone ont été libérées. Dans les années 1980, les émissions nettes de carbone dues à la déforestation ont représenté près du quart des émissions humaines de gaz carbonique par an  [1].

Les forêts primaires représentent 80 % de la biodiversité des terres émergées et l’Amazonie concentre plus de 70 % des espèces animales et végétales dans le monde. Elle est un lieu d’habitat pour des milliers d’espèces qui ne pourraient pas survivre ailleurs. Le rythme actuel d’extinction des espèces est 260 fois plus rapide que le rythme évalué depuis l’apparition de la vie sur Terre   [2], dont une part principale est due à la déforestation. On estime que 27 000 espèces animales et végétales disparaissent chaque année à cause d’elle. Cette perte coupe l’humanité de services et ressources inestimables, car les systèmes alimentaires sont fortement dépendants de la biodiversité et une proportion considérable de médicaments est d’origine biologique.

L’illégalité en cause

L’expansion des cultures et élevages industriels est une des principales causes de déboisement. Au Brésil, les forêts primaires sont détruites pour cultiver le soja qui alimente notre bétail et la canne à sucre pour produire de l’éthanol. En Indonésie, elles sont rasées pour l’huile de palme qui inonde déjà les produits de nos supermarchés.

L’exploitation minière de métaux et de minéraux précieux, l’extraction du pétrole et du gaz jouent aussi un rôle important. De vastes étendues de forêt sont dégradées par les zones d’extraction, par les forages et la pose de pipelines, par les fuites de pétrole ou l’exploitation des sables bitumineux… L’exploitation illégale du bois participe fortement à la déforestation. L’Europe a une responsabilité dans cette dégradation  : un quart de ses importations de bois sont présumées d’origine illégale. Les recherches du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et d’Interpol soulignent qu’entre 50 et 90 % de l’exploitation forestière dans l’Amazone, l’Afrique centrale et l’Asie du Sud-est, sont le fait du crime organisé.

À ces dégâts liés au commerce international s’ajoute des causes liées à la pression démographique au sein des pays du Sud. Beaucoup de petits agriculteurs défrichent et brûlent la forêt pour ensemencer de petites parcelles de terres et participent aussi à la déforestation. Avec le lessivage des sols mis à nus, les récoltes ne durent que deux ou trois ans. Il faut alors défricher ailleurs.

Pour un contrôle drastique

L’Union européenne se veut en pointe dans la lutte contre la déforestation. Une résolution adoptée au parlement européen le 23 avril 2009 expose les solutions proposées : d’une part des dispositifs tel le mécanisme mondial pour le carbone forestier), une des facettes du «  marché du carbone  » qui n’a jamais permis que des évolutions à la marge des dérèglements écologiques. Par contre elles offrent aux multinationales – et à la mafia – de nouvelles opportunités de profits. D’autre part une « demande à l’Union de soutenir des mécanismes REDD  [3]  » qui se proposent de rendre la protection des forêts plus rentable que la poursuite de leur dégradation.

Le REDD est critiqué par certaines ONG comme Les Amis de la Terre  : «  Arrêter la déforestation est indispensable pour stabiliser le climat mais le mécanisme REDD ne répond pas à cet objectif. Plutôt que de renforcer les droits des communautés forestières, d’interdire la conversion des forêts en monocultures ou l’exploitation industrielle du bois, ce mécanisme constitue une formidable échappatoire pour les entreprises qui peuvent continuer à polluer en achetant des forêts ou en plantant des arbres. »  [4]

Le lecteur attentif souscrira à cette analyse. Combattre la déforestation nécessite un contrôle drastique sur l’exploitation et le défrichement des forêts primaires ou sur l’origine des produits tropicaux importés. À cela doit s’ajouter la défense d’un mode de développement en rupture avec la croissance capitaliste et accompagné de véritables mécanismes de solidarité internationale… pour permettre aux pays du Sud de s’émanciper de leur dépendance à l’exportation de matières premières. Attendre quoi que ce soit des institutions internationales est une illusion complète. Combattre la déforestation c’est d’abord lutter ici contre les grands projets inutiles et imposés (GPII), c’est se battre pour faire évoluer les législations sur les importations dans nos pays et c’est populariser et soutenir les luttes des peuples du sud, en particulier des peuple indigènes.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1] Situation des forêts du monde, FAO, SOFO, 2002.

[2] Robert Barbault, du Muséum national d’histoire naturelle, dans Un éléphant dans un jeu de quilles, Seuil, 2006.

[3] Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts.

[4] Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Les Amis de la Terre.

 
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