Dette : Battre en brèche la rigueur

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Alors que la crise de la dette s’approfondit dans la zone euro, le gouvernement poursuit ses efforts de propagande et a fait passer le 7 novembre un nouveau plan de rigueur. Face à ces attaques, la résistance peine à s’organiser.

Le nouveau plan de rigueur imposé par le gouvernement est une nouvelle attaque contre les classes populaires : la majoration de la TVA à taux réduit revient à taxer les pauvres, et la réduction des dépenses de santé, avec notamment l’annonce ultérieure d’un nouveau jour de carence (non-payé) en cas d’arrêt-maladie, à diminuer nos revenus. Ultime provocation : le gouvernement a également annoncé l’accélération de l’application de la réforme des retraites, contre laquelle s’étaient battus des millions de salarié-e-s.

[*Demi-mesures syndicales*]

Face à cela, les réactions syndicales restent timides au regard des enjeux. Les directions syndicales sont en effet soit acquises à la rigueur (comme à la CFDT), soit dans l’expectative en cette période pré-électorales (comme à la CGT).

Une intersyndicale a eu lieu le 18 novembre, dont est sorti un appel à faire du 13 décembre « un temps fort de mobilisations interprofessionnelles, notamment avec des rassemblements ». Pas d’appel à la grève donc, ce qui annonce une mobilisation de basse intensité, dont nous ne pouvons nous satisfaire. Une véritable riposte est nécessaire pour ne pas laisser la voie institutionnelle (en clair : le vote PS) apparaître comme la seule issue possible. Une mobilisation est également nécessaire pour préparer le troisième tour social qui sera nécessaire quel que soit le résultat du scrutin, car on ne peut avoir aucun doute sur la volonté du PS d’imposer aux travailleurs et aux travailleuses une rigueur très semblable à celle de l’UMP.

Faute d’une implication plus grande des confédérations, la responsabilité de l’organisation de la mobilisation doit aussi être portée par les équipes syndicales combatives, notamment à travers la construction de luttes locales.

Par ailleurs, un nouvel appel émanant d’Attac-Copernic a vu le jour appelant à un « audit citoyen de la dette publique ». Il faut reconnaître à cet appel d’être pour le moment le seul cadre unitaire large existant. Néanmoins, le mot d’ordre choisi « d’audit citoyen » est trop peu radical, difficilement compréhensible et peu mobilisateur. Peu radical, car il repose sur une distinction entre une partie illégitime et une partie légitime de la dette [1] et sur une logique réformiste puisque ne vouloir annuler que la partie dite « illégitime » de la dette vient aussi d’une volonté de ne pas mettre en péril le système.

[*Audit ou annulation ?*]

Ce mot d’ordre est de plus difficilement compréhensible, car personne ne sait exactement ce qu’est un « audit citoyen »… S’agit-il d’un audit mené par « nos » experts (ceux d’Attac) ? Si c’est le cas, les perspectives de mobilisation sont assez faibles car il s’agira alors surtout de laisser faire les dits experts, avant d’aller éventuellement distribuer des tracts clés en main résumant leurs analyses. Bien sûr, faire un travail d’éclaircissement de l’origine et de la nature de la dette peut être un élément important dans la bataille des idées que nous devons mener, face à la propagande du gouvernement et du PS, mais une mobilisation plus combative nécessite des mots d’ordre plus clairs.

Cette logique plus combative, centrée autour d’un mot d’ordre de refus de payer la dette, pourrait être trouvée dans un collectif d’organisations politiques tel qu’il est en train de se mettre en place à l’appel du NPA, néanmoins l’unité est là aussi difficile à établir, étant données les logiques électoralistes de certains des participants potentiels à un tel collectif.

Dans le même temps, les déclinaisons locales de ces initiatives nationales sont au moins aussi importantes, et c’est là que nous pouvons contribuer à bâtir des cadres unitaires plus combatifs, actifs non seulement dans la bataille des idées, mais également à même d’initier des luttes locales contre les conséquences de la crise sur l’emploi, le logement ou les services publics.

Vincent Nakash (AL Paris-Sud)

[1Voir AL 210 (octobre 2011).

 
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