Dico anti-étatiste : « l’Etat-nation »

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible

A partir du XIXe siècle, certains États se sont construits en justifiant leur pouvoir par l’identification entre la nation et l’État. Ce qu’on l’on a appelé le «  Printemps des peuples  » autour de l’année 1848 était marqué par une ambivalence  : s’agissait-il d’affirmer le droit pour chaque peuple de disposer de lui-même – ou s’agissait-il de revendiquer le droit pour chaque nation d’avoir son propre État  ?

A partir du dernier tiers du XIXe siècle, la République française s’est établie en justifiant son pouvoir par la construction d’une identification entre nation et État. L’école républicaine par exemple, avec l’interdiction de parler les langues régionales, a été l’un de ces instruments qui ont servi à la nouvelle République, traumatisée par l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par une Allemagne qui avait scellée son unité nationale sur la défaite de la France, à construire cette unité nationale et à en faire le fondement de l’État. Loin de reposer sur «  un désir de vivre ensemble  » (Renan), la nation a été construite sur une fiction – celle de l’unité – non par le consentement mutuel, mais par la contrainte du pouvoir d’État. Le nationalisme est la conséquence de cette construction «  d’unité  » qui a pu conduire à la guerre au moins de deux manières différentes  : d’une part la volonté étatique de produire l’unité nationale sur l’ensemble de ce qui est perçu comme une seule et même nation et d’autre part l’affirmation de son unité nationale contre d’autres États frontaliers.

Avec la construction européenne et la mondialisation de l’économie est apparue une nouvelle thématique qui est celle de la fin des États-Nations. D’une part, le modèle de l’État-Nation à la française serait en voie de dépassement par celui d’une citoyenneté européenne, d’autre part les États-Nations seraient dépossédés de leur réel pouvoir économique et politique au profit d’organismes internationaux type FMI ou OMC. Néanmoins, cette affirmation de l’affaiblissement du rôle des États-Nations apparaît comme contestable. D’une part, il est possible de constater le rôle que ces États continuent de jouer en matière de politique migratoire. L’État national, par une législation spécifique, crée une forme de main d’œuvre particulière à destination du capital  : le travailleur sans papiers. Main d’œuvre d’origine étrangère à laquelle sont dévolus les emplois peu qualifiés ou sous payés, qu’il est difficile de faire effectuer par les nationaux. D’autre part, l’État-Nation joue un rôle afin de garantir le système économique capitaliste.

En réalité, l’idéologie néo-libérale ne réclame pas tant moins d’État que de nouvelles orientations du rôle de l’État par rapport à l’État providence. Il s’agit entre autres que l’État intervienne en période de crise pour empêcher la faillite du système.

Irène (AL PNE)

 
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