Dico anticapitaliste : Le « contre-pouvoir »

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.

La stratégie des contre-pouvoirs s’oppose à l’illusion d’une transformation du capitalisme, qui se dirigerait « en douceur » vers le socialisme. Elle s’oppose également à celle d’une prise de pouvoir par un parti prétendant « changer la société » en se substituant à l’action autonome des classes laborieuses.

La stratégie des contre-pouvoirs se démarque d’une vision romantique de la révolution, qui se limiterait à un moment où tout basculerait et où tout se réaliserait. Elle affirme que si les travailleuses et les travailleurs ne construisent pas dès maintenant, dans leurs luttes, des embryons de la société future, la réalisation du communisme au lendemain de la révolution sera d’autant plus problématique.

Pour développer des contre-pouvoirs, il faut s’affranchir de deux écueils. Primo, en laissant les associations et les syndicats, chacun sur son « créneau », défendre de façon parcellaire des revendications catégorielles, les classes sociales dominées se condamnent à des luttes défensives qui jamais ne changent fondamentalement leur situation. Secundo, en se liant à un parti politique quel qu’il soit, le mouvement social est paralysé dès lors que celui-ci parvient au pouvoir. Et avec lui, c’est l’ensemble des classes dominées qui est paralysé, comme la France l’a expérimenté en 1981 et en 1997 avec le PS et le PCF au gouvernement. La stratégie de contre-pouvoir préserve l’indépendance de classe quelle que soit la couleur et la nature du gouvernement. Construire des contre-pouvoirs au sein du capitalisme, c’est certes imposer, par les luttes collectives, un rapport de force favorable aux classes dominées. Mais c’est aussi organiser de larges secteurs des classes dominées au sein d’associations et/ou de syndicats autogérés et porteurs d’un projet de transformation sociale.

Cette logique permet d’une part de donner un sens politique aux luttes quotidiennes, et d’autre part de reconstruire un rapport de force favorable. Elle favorise l’éclosion de multiples expérimentations alternatives, économiques, culturelles, sociales, la constitution de comités de quartiers capables d’esquisser une autre gestion politique à la base de la société... Cette stratégie permet aux classes dominées de se réapproprier leur propre identité de classe, leurs propres aspirations, leur propre culture.

Les contre-pouvoirs d’aujourd’hui permettent de préparer ce que toute période révolutionnaire connaît : le double pouvoir mettant en concurrence le pouvoir populaire et le pouvoir d’État. En se généralisant, à mesure que les conflits sociaux s’aiguisent, les contre-pouvoirs acquièrent une forte légitimité au sein de la société, jusqu’à incarner une alternative aux institutions capitalistes et permettre qu’elles se désagrègent.

 
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