Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que les classes sociales ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible. Par Jaques Dubart

« Les classes sociales n’existent pas, suggérait Pierre Bourdieu en 1996 dans Raisons pratiques. Ce qui existe, c’est un espace social, un espace de différences, dans lequel les classes existent en quelque sorte à l’état virtuel, en pointillé […] comme quelque chose qu’il s’agit de faire. » C’est une façon de dire que la notion de classe sociale est pertinente si on la comprend comme la conjonction de deux phénomènes : la classe-statut et la classe-identité, pour reprendre la terminologie employée par l’économiste marxiste Robert Fossaert.

La classe-statut est fondée sur des critères objectifs et désigne un groupe humain partageant les mêmes conditions sociales, la même place dans le mode de production, qu’il soit capitaliste, féodal, etc. Ce statut commun aux membres d’une classe sociale pèse sur leur vie quotidienne, structure une même perception du monde, une convergence des comportements. Les frontières entre les classes sont donc tracées par les rapports d’exploitation et les rapports de domination. En cela, les classes sociales sont les stigmates de l’exercice du pouvoir d’une minorité sur le reste de la société.

Cependant, une classe sociale n’existe pas sans une identité collective, sans que ce groupe humain ne se forge sa propre image de lui-même en tant qu’acteur de la société. Il faut pour cela effectuer « un travail collectif de construction inséparablement théorique et pratique » (toujours dans les Raisons pratiques de Bourdieu). Cette construction culturelle nécessite, pour se réaliser, que se développent des organisations sociales et/ou politiques qui permettent de dessiner une classe-identité.

La conscience de classe, notion autant politique que culturelle, c’est ce sentiment partagé d’appartenir au même monde, par opposition aux membres des autres classes sociales et par référence à une situation matérielle objective.

Si la perception des classes s’est brouillée ces trente dernières années, ce n’est pas parce que les frontières entre les classes sont plus floues qu’avant. C’est parce qu’en liquidant les bastions ouvriers, en cassant les collectifs de travail par la multiplication des sous-traitances, mais aussi à coup d’offensives idéologiques dans les médias, la classe capitaliste s’est attachée à affaiblir la conscience de classe. C’est aussi parce que les organisations du prolétariat, confédérations syndicales en tête, ont nettement reculé dans leur volonté de confrontation avec le patronat.

 
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