Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que la lutte des classes

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.

Il est de bon ton, chez les bien-pensants, d’enseigner au bon peuple, avec une pointe de nostalgie dans la voix, que « la lutte des classes, ça n’existe plus ». Si en effet, on imagine que la « lutte des classes » correspond à des batailles homériques mettant en scène des quarterons de patrons en queue-de-pie et haut-de-forme, assiégés dans leurs manoirs par des bataillons de prolétaires en bras de chemise, la casquette enfoncée sur les yeux et la clef anglaise à la main… alors oui la lutte des classes ça n’existe pas ! Ou plutôt… disons que ça peut exister sous cette forme colorée, mais à de rares moments de l’histoire.

En réalité, la lutte des classes n’est pas réductible à une forme particulière (grève, manifestation, guerre sociale, révolution, etc.). Elle est tantôt latente, tantôt explosive. Elle est plus ou moins virulente et politisée, selon les moments de l’histoire, en fonction de la conscience qu’ont les travailleurs et les travailleuses de former une classe – ce qu’on appelle la « conscience de classe ».

La lutte des classes caractérise les enjeux de pouvoir et d’exploitation entre les classes sociales d’une société. Entre une classe productrice de richesse, et une classe qui accapare une partie de ces richesses. Elle n’est pas limitée au système capitaliste, qui rappelons-le ne domine l’économie que depuis deux siècles. Elle a eu d’autres expressions en d’autres circonstances : rapports entre les esclaves et les maîtres dans les sociétés esclavagistes ; entre la bourgeoisie et la noblesse à la veille de la Révolution française ; entre les salarié-e-s et leurs employeurs dans la société capitaliste moderne ; entre la bureaucratie rouge et les travailleurs dans le système soviétique ; entre les castes en Inde ; entre colons et indigènes dans les colonies, etc.

Dans le système capitaliste actuel on distingue deux classes-clefs (ce qui n’exclut qu’il en existe d’autres) :

– les capitalistes ou « bourgeois », classe dominante qui se définit ainsi : elle possède le capital financier ou matériel (entreprises, machines, etc.) et fait travailler le prolétariat à son profit en le salariant, c’est-à-dire en achetant sa force de travail ;

– les salarié-e-s, ou « prolétariat », regroupant les personnes qui n’ont pas de capital et vivent en vendant leur force de travail manuel ou intellectuel pour subsister.

Quand elle leur explose à la figure, avec des grèves par exemple, les idéologues libéraux sont bien obligés de reconnaître l’existence d’une « conflictualité sociale ». Mais c’est aussitôt pour signaler qu’il s’agit d’un archaïsme à résoudre. Argument purement moral, mais nullement réaliste. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la lutte des classes, ce que ne comprennent pas les libéraux. Il s’agit de constater qu’elle existe. Autant aujourd’hui qu’hier. Et d’agir avec.

 
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