Dico antiraciste : Qu’est-ce que le racisme ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible ; par la commission antiraciste


Le racisme consiste à différencier l’espèce humaine en sous-groupes qualifiés de « races ». Cette différenciation induit également une hiérarchisation au nom de laquelle la « race » considérée comme supérieure doit en conséquence dominer les « races » considérées comme inférieures.

En 1930 apparaît dans les dictionnaires français le terme de racisme, plus de quatre siècles après l’introduction du terme de « race » signifiant originellement lignée. Le racisme est un système, c’est-à-dire un ensemble structuré de représentations, de discours, de pratiques et de politiques qui, à partir du XVIe siècle, a participé à légitimer les menées impériales des puissances européennes dans les régions extra-européennes, à mettre en place un vaste système intercontinental d’esclavagisme, et à exploiter et coloniser d’immenses territoires. Cette logique impérialiste et raciste aura entraîné et justifié massacres, pillages, destructions de sociétés et génocides dans le monde entier. Le racisme est finalement une croyance collective qui fabrique des sujets dominants et des sujets dominés sur la double base d’une division qui est aussi une hiérarchisation reposant sur une différence fantasmée, construite, et qui ne lui préexiste pas.

La « race », qui est donc une construction sociale au même titre que le genre (entendu comme sexe social), a longtemps servi - et sert encore, tantôt sous la forme d’un impensé culturel, tantôt sous une forme idéologique constamment renouvelée - de catégorie de perception et d’action à laquelle les sciences naturelles et humaines naissantes auront donné un certain crédit intellectuel.

Avec les développements de la connaissance génétique après la Seconde Guerre mondiale, la « race » s’est trouvée scientifiquement invalidée.

Mais si la « race » comme réalité biologique n’existe pas, la « race » comme construction sociale continue pourtant de hanter notre actualité.

C’est que le racisme est un discours performatif. La « race » est un énoncé performatif, au sens où il veut faire exister dans la réalité matérielle ce qui n’existe que dans la sphère symbolique : en (se) disant, la « race » veut faire ce qu’elle dit, et dit ce qu’elle fait. Et la performativité de la « race » est au sens propre performante, quand on considère les succès politiques des discours racistes, particulièrement depuis le XIXe siècle, et qui continuent largement d’informer les sociétés contemporaines, au-delà du seul domaine idéologique de l’extrême-droite.

C’est la contradiction du discours raciste : les « races » existent et elles n’existent pas. Si leur existence ne relève d’aucune réalité biologique, elles supportent des rapports sociaux quant à eux réellement inégalitaires.

 
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