Milice

Dissolution de la BAC !

Version imprimable de cet article Version imprimable


La brigade anti-criminalité (BAC) est un service de police particulièrement musclé, marqué par un recrutement fortement sous influence de la droite extrême et se distinguant par ses méthodes de cow-boy...

La BAC (Brigade anti-Criminalité) est une pièce maîtresse de cette politique « sécuritaire » si chère à Sarkozy et qui, en réalité, n’est rien d’autre qu’un combat contre la jeunesse reléguée des banlieues, contre les « déviants » politiques de tout acabit... Face à la BAC, un acte politique aussi banal qu’un collage d’affiche devient relativement risqué pour, par exemple, les militants libertaires. Et la BAC ne sévit pas uniquement dans les grandes villes. Toutes les villes moyennes en sont aujourd’hui les victimes. Exemple à Agen (Lot-et-Garonne).

Le dimanche 23 avril, à la sortie de la soirée de clôture de la semaine sans télé organisée par le lieu associatif « La Baraq’Abricot » [1], Blaise, qui venait à Agen pour la première fois de sa vie et était venu y interpréter des sketches avec sa compagnie de théâtre, a vu un de ses amis en difficulté face à trois personnes non identifiées. La soirée qui débutait par un spectacle pour enfant et réunissait une soixantaine de personnes n’avait pourtant généré aucune plainte, pas plus qu’aucune autre soirée organisée au sein de la Baraq’Abricot. Malgré cela, la BAC procédait ce soir là à un de ses habituels contrôles d’identité - intimidation, en toute illégalité, comme très souvent quand la Baraq’Abricot organise un spectacle.

Blaise va donc voir ce qui arrive à son ami. Rapidement la tension monte... jusqu’à ce que les trois individus sortent leur carte de police et menottent Blaise. Ce dernier proteste contre « ces méthodes de cow-boy » et rapidement la situation dégénère : Blaise sera très sérieusement brutalisé... et inculpé pour rébellion et outrage. Il est passé en procès le 16 juin à Agen, soutenu par de nombreuses associations.

Au cours de l’audience, le comité de soutien a eu l’occasion d’assister au procès d’un jeune de la cité de Montanou, inculpé d’injures et de jet de pierre à l’encontre de policiers... de la BAC. Cela se serait passé dans cette cité, où au cours d’une de ces provocations habituelles de ces mêmes policiers contre les jeunes des cités, la BAC a déclenché un mouvement collectif des jeunes, puis a été obligée de battre en retraite [2]. Mais les policiers ont affirmé avoir identifié sans aucune confusion possible, le « meneur », celui qui les a injuriés, leur a jeté des pierres. Ce dernier a été interpellé le lendemain dans les rues d’Agen. Manque de pot pour la BAC, ce meneur était simplement présent sur les lieux en compagnie d’une dizaine de papys et s’il a fuit comme tout le monde quand la BAC a balancé ses grenades lacrymogènes, les papys ont rédigé des attestations en béton et face à cela le tribunal n’a pas pu faire autre chose que de relaxer le jeune.

Croyez-vous que pour cela, la parole de la BAC puisse être prise avec circonspection par le tribunal quand l’affaire de Blaise a été examinée ? À chaque fois que Blaise tentait d’expliquer le comportement des policiers, la présidente du Tribunal, qui nous a semblé vouloir venger la BAC du précédent affront, lui interdisait de continuer pour revenir uniquement à ce qu’avait dit Blaise. Que celui-ci ait été brutalisé, injurié importait peu ! Qu’il n’ait fait que réagir ne semblait pas le problème ! Avait-il traité les policiers de cow-boys ? Avait-il traité un policier de fasciste (après que celui-ci ait copieusement insulté les gauchistes et les altermondialistes) ? Blaise a déposé (auprès de la gendarmerie) une plainte pour violence contre les policiers de la BAC, mais le tribunal a refusé de discuter de cela. Une difficulté reste pour condamner Blaise : l’avocate a mis en évidence l’illégalité du contrôle d’identité. Le verdict est mis en délibéré au 8 septembre.

Les problèmes causés par la BAC ne se comprennent pas en dehors de ce soutien inconditionnel apporté par tous les ministres de l’intérieur et aujourd’hui avec un zèle particulier par Sarkozy. C’est ce contexte qui permet à ces policiers impunément d’intimider, d’agresser ceux qui ne s’écrasent pas face à leur « roulage de mécanique »... Et pour en revenir à Sarkozy, justement, il était à Agen le 22 juin pour le lancement de sa campagne présidentielle. Au sortir du Tribunal, les militant(e)s venu(e)s soutenir Blaise, ont décidé de lancer un appel à manifester [3] contre la venue de Sarkozy, contre les politiques sécuritaires, pour la régularisation de tou(te)s les sans-papiers, pour l’amnistie des inculpé(e)s des mouvements sociaux (loi Fillon, CPE, révolte des banlieues...), pour le retrait des lois Sarkozy anti-immigré(e)s.

Face au meeting de Sarkozy, près de 200 manifestant(e)s sont venu(e)s exprimer leur rejet des lois racistes de Sarkozy. Des kurdes sans papiers s’étaient déplacés de Toulouse, où depuis le 10 juin, 84 kurdes font une grève de la faim pour obtenir leur régularisation. L’Union locale CGT du Mirail, dont les militant(e)s très impliqué(e)s dans le soutien aux kurdes en grève de la faim s’étaient déplacé(e)s nombreux(ses) à Agen, a été nettement mieux représentée dans la manifestation que l’Union départementale CGT du département. Même si ce genre de manifestation n’a pas une efficacité déterminante, elles permettent de créer des moments pour dénoncer les logiques sécuritaires et pour organiser les réseaux nécessaires à cette lutte. Une lutte de longue haleine qui passe par l’appel à la dissolution de la BAC.

Jacques Dubart

[1La Baraq’Abricot est le regroupement de cinq associations culturelles alternatives à Agen.

[2Bien sûr ce genre d’événement sert aussi à développer le discours sur les « zones de non-droit ». Ainsi Montanou est régulièrement taxée par le Tribunal de zone de non-droit. Pourtant, dans la cité, il existe un poste de police fréquenté par des policiers qui y interviennent tous les jours sans conflit particulier avec les jeunes de la cité. Le non-droit est d’abord dans les pratiques illégales de la BAC...

[3Les organisations « traditionnelles » s’étant abstenue jusqu’à ce moment de toute initiative en la matière. L’intersyndicale CGT-FSU-SUD finira par appeler, le 20 juin au soir, à la manifestation du 22.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut