Dossier autogestion : Chiapas : Autonomie zapatiste

Version imprimable de cet article Version imprimable


Par de nombreux aspects le mouvement zapatiste épouse les principes et pratiques des courants libertaires. José Luis Humanes Bautista, coordinateur de la commission Chiapas de la CGT espagnole (anarcho-syndicaliste) évoque pour nous l’expérience des communautés autonomes en rébellion impulsées par les zapatistes depuis 1994.

Depuis la fin de l’année 1994 au Chiapas (Mexique) a débuté la formation de communautés autonomes en rébellion où les indigènes se régissent selon leurs us et coutumes. Ils adoptent des formes appropriées de gouvernement et d’autogouvernement en accord avec les intérêts collectifs et incorporent leurs expériences et traditions aussi bien ancestrales que celles qu’ils ont acquis à l’époque contemporaine.

Leur légitimité se fonde sur le traité 169 de l’Organisation internationale du travail et sur les Accords de San Andrès, que le gouvernement mexicain a signé avec l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) en février 1996 mais qui n’ont toujours pas été appliqués, alors que se renforçait en revanche la « guerre de basse intensité » que le pouvoir exerce contre les peuples indigènes du pays et plus particulièrement contre les zapatistes.

Des élu(e)s révocables

Les communautés autonomes en rébellion sont formées par des communautés indigènes d’une zone territoriale (montagne, forêt, etc.) après que chacune de ces communautés l’eut décidé en assemblée. Ces communautés indigènes choisissent elles-mêmes leurs représentants pour le conseil municipal (président, vice-président, secrétaire et responsables de la justice, des affaires agraires, de la santé, de l’éducation et de l’état-civil), lesquels sont à partir de leur nomination l’autorité de la commune. Ils sont renouvelés tous les deux ans et peuvent être révoqués s’ils ne respectent pas leur mandat... Pour le gouvernement mexicain, les communautés autonomes en rébellion sont « le pire ennemi de l’État de droit » et leur autonomie implique « la sécession du territoire national », rien de plus éloigné des exigences zapatistes et du Congrès national indigène (qui intègre 10 millions d’indigènes issu(e)s de 46 peuples indiens de tout le Mexique) qui revendiquent le fait d’être mexicain(e)s et demandent leur intégration à la république à partir de leur identité indigène.

Le fédéralisme zapatiste

En fin de compte, dans les faits, sans demander l’autorisation à personne et sous la protection de la constitution mexicaine (article 39 : « La souveraineté nationale réside à l’origine et pour l’essentiel dans le peuple. Tout le pouvoir public émane du peuple et s’institue pour le bénéfice de celui-ci. Le peuple a, en tout temps, le droit inaliénable d’altérer et de modifier la forme de son gouvernement »), les zapatistes ont fondé leurs municipalités, qui gouvernent selon le principe qui consiste à « commander en obéissant ».

Et loin de se laisser intimider par le gouvernement avec ses menaces, ses mensonges et ses persécutions, depuis mars 2003 elles ont créé et mis en marche leurs « 5 caracoles et juntas de buen gobierno » (littéralement : 5 escargots et assemblées de bon gouvernement). Chacune faisant office d’administration régionale pour l’ensemble des communautés autonomes en rébellion, bien qu’elles assument des fonctions exclusives de gouvernement des municipalités en matière de justice, santé, éducation, logement, terre, alimentation, commerce, information, culture et contrôle des transports locaux.

Avec tout cela comme avec d’autres « mesures » qu’ils/elles ont également décidé de mener à bien, les zapatistes ont fait un pas en avant dans leur cheminement depuis 1994. C’est dans ce sens qu’ils/elles annoncent une nouvelle et très importante offensive politique de résistance civile et d’action directe comprise comme avancée qualitative de la construction de leur autonomie, non seulement au plan local mais aussi régional, national et international. Ces avancées ne se limitent pas à la question indigène mais concernent les droits fondamentaux de liberté, de justice, de démocratie et de paix, pour tous les peuples du monde. Un pas en avant, en fin de compte, pour l’humanité et contre le néolibéralisme.

José Luis Humanes Bautista (CGT espagnole)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut