Dossier autogestion : Italie : Les centres sociaux entre rupture et intégration

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Nous publions la contribution d’une camarade de la Fédération des communistes anarchistes (FDCA) d’Italie qui analyse pour nous l’évolution des centres sociaux, ces lieux de contre-pouvoirs qui ont émergé dans les années 80.

Nés dans les années noires de l’héroïne et de la défaite des mouvements d’émancipation dans les grandes métropoles, les centres sociaux ont représenté dans les années 80 l’îlot de résistance issu des mouvements sociaux. Dans les années 90, avec la renaissance du mouvement étudiant, et un renouveau de l’engagement, ils ont vu affluer des jeunes, ont organisé des concerts et des rassemblements. Ils ont poussé comme des champignons dans tout le pays.

D’une manière générale on n’y mène pas d’activité politique fédératrice comme cela était le cas par le passé. À l’intervention dans le quartier et sur le terrain pratiquée dans les centres sociaux les plus anciens, se substitue la production culturelle alternative. On y crée et on y diffuse de nouvelles façons de faire de la musique et de construire du lien social. L’autogestion trouve sa déclinaison spécifique dans l’autoproduction et dans les fanzines. La contre-information reste un axe porteur et permanent. Les habitué(e)s du centre social s’identifient plus que jamais à une communauté : dans leur façon de s’habiller, à travers la musique ou encore dans toutes les caractéristiques d’une contre-culture toujours plus diffuse sur l’ensemble du territoire, jusque dans le sud.

La politique reste le noyau autour duquel on se rassemble, elle donne l’impulsion qui permet de dépasser les particularismes. À l’intérieur des centres sociaux, la politique passe par de grandes campagnes (par exemple contre l’héroïne et pour la légalisation des drogues douces), par l’importance accordée aux questions internationales, par les pratiques assembléistes et par la lutte, qui se caractérise surtout par l’autodéfense face aux institutions. Des conflits qui, ces dernières années, ont opposé également les centres sociaux aux grands propriétaires immobiliers qui convoitent les grandes parcelles de terrain pensant déjà aux hypermarchés qu’ils pourraient construire.

Ces années ont été celles des expulsions légendaires, telle la bataille autour du centre social de Leoncavallo à Milan. Les conflits sociaux liés au monde du travail sont pratiquement absents des centres sociaux. Peu de syndicalistes de base sont intégré(e)s à ces expériences, même si une réflexion sur la précarité commence à émerger. De même, la question du droit au logement n’est pas centrale (même s’il y a toujours quelqu’un qui « habite » dans le centre social), cette revendication était forte il y a quelques années, elle le redevient aujourd’hui surtout dans des grandes villes comme Rome et Milan.

Lieux politiques ou de divertissement ?

Dans les centres sociaux influencés par les autonomes, on estime avant tout que l’autoproduction est source de revenu, permettant de se libérer du travail salarié. Et que l’on peut passer d’une zone dominée par le marché capitaliste à une zone libérée. L’autofinancement s’étend et s’affermit. Les concerts, les bars, les salons de thé : les aspects économiques ont tendance à prévaloir sur la socialisation. Aussi on accuse les centres sociaux d’être davantage des lieux de divertissements que des lieux politiques : la gestion est de moins en moins collective et entre les usagers et les gestionnaires, il existe un fossé de plus en plus infranchissable. Mais il est difficile de trancher dans le vif. Entre ces options extrêmes, on trouve de tout.

L’idéologie relève plus de la sensibilité que de la pratique, au moins en apparence. En revanche, il y a des leaders qui ont les idées assez claires. Une partie des centres sociaux, ou plutôt la composante politique qui progresse en leur sein, et qui recherche une légitimité institutionnelle à gauche, a créé Ya Basta et se présente comme un référent national et international avec une plus grande crédibilité au niveau international que national. Les centres sociaux cessent donc d’être les sujets politiques en tant que tels.

Autonomie, avant-gardisme et institutionnalisation

Ya Basta a troqué le passe-montagne zapatiste contre les Tute Bianche (tuniques blanches) du mouvement des invisibles, reprenant le fil de ce discours sur la précarisation lancé quelques années auparavant, sans pour autant réussir à arriver à une recomposition de classe. Dans le même temps, le gouvernement Berlusconi et la réhabilitation des fascistes au gouvernement ont amené la gauche à serrer les rangs ; à cette occasion le Parti de la refondation communiste a compris qu’il pouvait trouver et former les cadres politiques qui lui font défaut et beaucoup de centres sociaux se sont présentés, souvent sur des listes autonomes, lors des élections municipales, et ont obtenu plusieurs élu(e)s. Les héritiers de ce courant sont les Désobéissants, connus pour leurs pratiques spectaculaires mais fondamentalement autoritaires et avant-gardistes malgré les discours pseudo libertaires dont ils se parent.

Les centres sociaux dans lesquels la dimension communautaire est très forte se sont soustraits à cette démarche. Ils ont souvent un caractère libertaire plus marqué.

Ces dernières années ont aussi été marquées par une reprise des occupations de logements par des groupes de familles expulsées ou sans logis, en particulier à Rome.

Lia

 
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