Dossier logement : une lutte (médiatique) peut en cacher une autre

Version imprimable de cet article Version imprimable


Le thème du logement dans les luttes a pris une impulsion nouvelle depuis l’occupation des berges du canal Saint-Martin par des sans abri, à l’appel de l’association des Enfants de Don Quichotte. Mais à l’heure où ils quittent l’actualité, d’autres luttes prennent le relais, de la réquisition d’un immeuble vide pour créer un quartier général à la lutte des foyers de travailleurs immigrés.

Les “ campeurs ” du canal Saint-Martin ont suscité, pendant la période des fêtes, une forme de lutte à partir de l’indignation et de sa mise en forme par les médias. En mettant en avant une revendication portée depuis des années de travail politique et associatif, le “ droit au logement opposable ”, ils ont mis la situation des sans-domicile fixe (SDF) sur le devant de la scène.

Il semble que tout soit sur le point d’être résolu par un tour de passe-passe gouvernemental reposant sur les travailleurs et travailleuses sociaux et sur une salle à l’hôpital Saint-Louis [1]. Malgré le fait que la charte élaborée par l’association refuse l’hébergement en foyer d’urgence ou en dortoirs, les SDF se retrouvent au final dans le même système que d’habitude : tu fermes ta gueule et tu acceptes les propositions. Un des gars s’est même vu proposer un hébergement en hôpital psychiatrique. Une jeune fille, expulsée du campement de la place de la République et qui vient d’avoir ses 18 ans, se voit répondre qu’elle n’a aucun droit puisqu’ayant moins de 25 ans,elle n’a pas le droit au RMI et n’a aucun statut. Alors que les Don Quichotte disparaissent des unes, on peut redouter que la situation des SDF du canal Saint-Martin ne soit pas glorieuse une fois les tentes, pour la plupart d’entre eux, repliées.

D’autres formes de lutte : la réquisition

Parallèlement à cette lutte, le DAL, Macaq et Jeudi noir et des familles mal-logées occupent, depuis le 24 décembre, un immeuble de 2 000 m2 rue de la Banque (Paris IIe) face au bâtiment de la bourse. Ce lieu, déclaré “ ministère de la Crise du logement ” le 11 janvier, peut permettre de relancer les luttes du logement sur des bases revendicatives plus combatives que celles des Enfants de Don Quichotte. À l’intérieur de cet immeuble inoccupé depuis 2003, la vie des familles et des associations s’organise : véritable quartier général, ce lieu est le théâtre de nombreux débats.

Il ne faut pas oublier que ce bâtiment de banque a été dans les années 50 un lieu d’habitation d’où furent expulsés les locataires, envoyés en banlieue pour permettre les spéculations financières ; donc ces locaux vides peuvent, logiquement, retourner à leur fonction première : celle d’héberger des habitants et des habitantes. Il nous reste à étendre en province l’occupation de ces bâtiments et à rétablir leur fonction d’habitation. Il faut rompre avec les solutions provisoires et les logiques d’urgence qui aggravent la précarité.

En même temps, cette médiatisation cache que d’autres luttes continuent. Il ne faut pas oublier qu’en hiver, les expulsions se poursuivent malgré une légende sur cette période qui ferait cesser les expulsions comme par miracle. Dans de nombreux endroits, et particulièrement dans les hôtels miteux, les proprios ont juste besoin de gros bras pour sortir les personnes de force, car elles sont souvent sans-papiers.

Dans le quartier de Belleville (Paris XIXe et XXe), les luttes contre ces propriétaires, souvent aussi patrons des ateliers clandestins où ils exploitent des sans-papiers, sont fréquentes. D’autant plus que ces quartiers sont en rénovation, et qu’il y a des opérations immobilières très intéressantes à faire. Les militants et les militantes du Réseau éducation sans frontière (RESF) se transforment alors souvent en militants du logement.

En effet, les familles étrangères, avec ou sans-papiers et mal-logées sont souvent mises dans des hôtels miteux. Ce sont les associations caritatives qui payent les loyers pour les sans-papiers, en fonction des événements, des visites des commissions de sécurité déclarant les lieux insalubres ou des résultats des dossiers. Mais alors qu’elle n’a pas plus de moyens financiers qu’avant, les associations cessent de payer quand une famille est régularisée car elle dépend désormais des services sociaux. Cependant ceux-ci n’ont pas de réponses à donner tant que le dossier n’est pas traité et passé en commission. Ainsi ces familles, une fois régularisées, deviennent sans titres et sans droits et donc jetées des hôtels pour loyers impayés.

Nouveaux soubressauts

Il est en ainsi de plusieurs hôtels à Paris. Dans le XXe, les hôtels où 29 familles mal-logées sont en passe de devenir le symbole du casse-tête auquel sont confrontées mairies et associations parisiennes pour le logement des populations les plus fragiles.

Si les années 1970-80 ont connu les luttes des migrants et migrantes dans les foyers, il ne faut pas oublier que, pour certains, ces taudis connaissent à nouveau des soubresauts. Les propriétaires de ces foyers surpeuplés où vivent de nombreux sans-papiers ne sont pas pressés de faire les travaux d’entretien, espérant plus tard avoir droit à des aides de l’État ou des mairies, une fois que les bâtiments seront bien dégradés. De plus, tout est fait pour casser les solidarités communautaires et les tontines existantes [2], comme au foyer du Retrait (Paris XXe), où une fermeture administrative des cuisines a eu lieu, les cuisines collectives doivent être gérées par le comité des résidents et non par une entreprise de restauration.

Ainsi donc le propriétaire rénove en pensant que la nouvelle couche de peinture comblerait les trous dans les murs ou les portes et que les nouveaux brûleurs répareront la tuyauterie fuyant de loin en loin. Actuellement le collectif Alternative libertaire de Paris Nord-Est participe au comité de soutien en interpellant sur l’état général de délabrement du foyer, contradictoire avec la volonté de promotion sociale et d’intégration affichés par les gestionnaires. Nous participons à l’organisation de portes ouvertes et de réunions publiques.

Noel (AL Paris Nord-Est)

[1Salle où les SDF du canal passent des entretiens en vue de leur relogement.

[2Tontine : système d’épargne mutuelle en Afrique subsaharienne.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut