Dossier prison : Ce que revendiquent les détenus

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L’enquête des Etats généraux de la condition pénitentiaire fait ressortir le besoin criant d’améliorations de la situation pour la santé physique et mentale mais surtout pour la resocialisation des prisonniers et des prisonnières.

Environ 20 000 personnes, dont 15 600 détenu-e-s, ont répondu à l’enquête menée dans le cadre des États généraux de la condition pénitentiaire [1]. Deux niveaux de revendications apparaissent : l’amélioration immédiate des conditions de détention et le regard porté au sein de la société sur ses prisons et sur les détenu-e-s. La volonté est clairement exprimée que cette question fasse l’objet d’un débat public d’ampleur.

La problématique de fond reste bien le sens donné à la peine. Sans droits pour les détenu-e-s, celle-ci ne pourra jamais être autre chose que souffrance et incompréhension.

Les conditions de détention

Les prisons françaises ne cessent de se dégrader. Les conditions minimales de dignité ne sont pas assurées dans nombre d’entre elles : la simple présence de douches, de toilettes préservant l’intimité est loin d’être acquise. Les cellules, surpeuplées et humides, deviennent soit des mouroirs, soit des cages. Les activités proposées en détention restent peu nombreuses. Le travail est rare et peu rémunéré. L’ennui est la principale occupation, comme le soulignent la plupart des détenu-e-s.

Les parloirs avec la famille ou les amis viennent rompre cette morne routine. Encore faut-il que le lieu de détention soit proche de la résidence des familles. Le maintien des liens familiaux reste une préoccupation majeure pour les prisonniers. La rupture avec l’environnement relationnel est souvent un facteur majeur de troubles psychologiques, de suicides.

Et pour ces détenu-e-s qui souffrent, l’accès aux soins relève bien souvent d’un parcours du combattant. Le service public hospitalier assure le suivi médical des détenus et, à l’heure actuelle, le nombre de professionnels est largement insuffisant. Il faut attendre quelquefois plusieurs mois pour une simple consultation auprès d’un dentiste. Les soins psychiatriques, lorsqu’un seul poste de praticien à mi-temps existe pour 400 personnes, demeurent une chimère. On sait que près de 50 % des entrant-e-s en détention ont besoin de soins. L’équation est impossible à résoudre, elle entraîne un accroissement de mal-être profond chez les prisonniers et les prisonnières.

La détention provisoire

Ces conditions de détention insupportables sont les mêmes qu’elles que soient les catégories pénales des détenu-e-s. La détention provisoire, qui devrait rester une exception au regard du Code de procédure pénale, est en passe de devenir la norme de “ traitement ” des mis en examen dans nombre d’instructions judiciaires.

Théoriquement, la stricte séparation est prévue entre prévenu-e-s et condamné-e-s. Dans les maisons d’arrêt (MA) surpeuplées, cela est bien évidemment impossible. De plus, les MA sont les établissements dans lesquels il y a le moins de travail, d’activités, pas le droit de téléphoner à ses proches. Tous les témoignages de détenu-e-s concordent pour reconnaître que la période très sensible qu’est la détention provisoire est celle où les droits sont les plus bafoués. Inutile de rappeler que ces détenu-e-s sont présumé-e-s innocent-e-s…

Le sécuritaire

La critique est acerbe en ce qui concerne l’attitude du personnel de surveillance. Les mesures de sécurité, sans cesse renforcées, sont dénoncées comme humiliantes et avilissantes. Quel intérêt de menotter une détenue qui accouche, par exemple ? Loin de répondre à des objectifs préventifs (le taux d’évasion étant par exemple très bas), ces mesures sont sources de tensions, de violences et peuvent créer un climat délétère qui affecte les détenu-e-s, en premier lieu, mais aussi les personnels intervenant en prison. La gestion des conflits, inhérents à toute institution d’enfermement, passe désormais par la sanction plus que par la négociation. Les quartiers de haute sécurité, symboles de la rigidité des années Giscard, ont été abolis par Badinter au début des années 1980.

Mais les cellules des quartiers disciplinaires d’aujourd’hui, situées dans les sous-sols, avec quasiment aucune lumière naturelle, demeurent une des pires représentations des "prisons de la honte" de notre société.

Retrouver la libre parole

Le regard extérieur porté sur les détenus est fondamental. L’image et l’estime que l’on a de soi entre quatre murs n’est jamais bonne. Les paroles et incartades de ces derniers mois présentent les détenu-e-s comme des individus totalement soumis à l’arbitraire d’une institution et incapables d’exister par eux-mêmes, ou comme des monstres qui de toute façon n’ont plus de légitimité dans le champ social.

L’utopie, ce serait "la création d’un syndicat, donc de favoriser les consultations et les débats entre administration pénitentiaire et détenus. Retrouver la libre parole." [Extrait de l’enquête]

Antoine (AL Agen)

Revendications

Les revendications des détenus portent des propositions très concrètes, qui rappellent ce vieil adage : la prison, c’est la privation de liberté et rien d’autre :
- allonger le temps de parloir ;
- permettre l’utilisation du téléphone en maison d’arrêt ;
- multiplier les unités de vie familiale, qui permettent que le/la détenu-e retrouve sa famille jusqu’à 48 heures dans un appartement prévu à cet effet ;
- ne jamais incarcérer une personne trop loin de sa région ;
- développer l’enseignement et la formation professionnelle pour tous et toutes, c’est-à-dire mettre réellement à profit le temps passé en détention.

Si ces réformes simples ne sont pas mises en place, ou alors au compte-gouttes et de manière expérimentale, c’est bien qu’il n’y a aucune volonté politique et que la prison reste donc cantonnée dans un rôle purement répressif.

[11. Voir ci-contre, l’entretien avec Gabriel Mouesca.

 
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