Dossier religions : Et dans une société libertaire ?

Version imprimable de cet article Version imprimable


Que deviendraient les Églises et, plus globalement, les « croyances » dans une société ayant réalisé l’égalité économique et sociale ? La propagande athée et le combat pour une laïcité intégrale resteraient certainement d’actualité, mais dans un cadre plus favorable.

Au sein d’une société nouvelle, née d’une révolution socialiste et autogestionnaire, les religions disparaîtront-elles du jour au lendemain ? La réponse est bien évidemment non !

Certes, un processus révolutionnaire est, en lui-même, un moment unique de bouleversement des mentalités, parce qu’il est propice à la contestation des hiérarchies, des traditions, des idées reçues. Le surgissement, par exemple, de revendications féminines sur la contraception, l’avortement, la liberté de travailler et de rester célibataire, sont autant de coups portés à l’institution religieuse, quelle qu’elle soit. Plus elles sont liées aux États, plus les Églises ont à perdre dans les révolutions. Les expériences du passé – française, russe, espagnole, mexicaine, chinoise… – sont assez parlantes.

Imaginons à présent une société postrévolutionnaire, ayant instauré le communisme libertaire. Les croyances irrationnelles y subsisteraient-elles ? Certes, l’égalité économique et sociale, en garantissant à chaque individu la satisfaction de ses besoins matériels, libérant du coup son potentiel artistique, scientifique, sportif, amoureux, etc. saperait la base des frustrations qui poussent parfois à se réfugier dans le mysticisme. Mais cela serait-il suffisant ? Rien n’est moins sûr !

Ce qui est certain, c’est que dans une société autogestionnaire, il n’existera pas de gouvernement pour dicter ce que chacun et chacune doit penser. La liberté sera entière de croire aux « choses invisibles » – du Père Noël à la métempsychose. La question prioritaire pour les révolutionnaires et les organisations athées sera de circonscrire et de réduire le pouvoir des

groupes religieux organisés. Ceux-ci utiliseront en effet le cadre de la démocratie directe pour faire valoir leurs réclamations. Or, parce qu’il croit à l’Absolu, tout groupe religieux est potentiellement absolutiste. Les Églises ne jouent le jeu de la tolérance et du pluralisme que quand elles sont faibles. Dès qu’elles occupent une surface suffisante, elles se font un devoir d’imposer leur loi, leurs normes de vie, à la société toute entière.

Faire reculer la religiosité

L’un des enjeux pour les révolutionnaires sera donc de faire interdire qu’un groupe confessionnel puisse contrôler un établissement éducatif, sanitaire ou social. Et ce, de façon à garantir l’accès aux services de santé et à un enseignement rationaliste, à toutes et à tous, sans discrimination

Plus globalement, la propagande des organisations athées sera nécessaire à la bonne santé de la démocratie directe. Il est vital que la population soit le plus possible détachée des croyances qui justifient le pouvoir des prêtres, la soumission des femmes, la proscription des minorités sexuelles et plus généralement la persécution des courants religieux concurrents. Moins une population est imprégnée de religiosité, plus elle adhère à l’idée que la sphère publique doit être laïque, que la foi est une affaire privée, que les cultes doivent être libres et strictement autofinancés, que l’athéisme n’a rien de « blasphématoire ».

Le projet communiste libertaire excluant toute solution autoritaire – par ailleurs bien illusoire en la matière – la mutation culturelle de la société ne pourra résulter que d’un changement de contexte social et de mentalités. C’est de cette façon qu’on peut espérer que les lieux de culte tomberont d’eux-mêmes en désuétude, et que la religion sera progressivement réduite à un phénomène marginal, résidu du passé.

Jacques Dubart (AL Lot-et-Garonne)


Cet article fait partie d’un dossier complet : "Religions, racismes et mouvements sociaux, y voir clair".


 
☰ Accès rapide
Retour en haut