Droit de réponse : Au sujet du collectif Front social

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Laurent Degousée, militant Sud-Commerces, a souhaité réagir à des textes publiés dans AL de juillet-août et d’octobre sur le Front social, dont il est membre.

Dans un entrefilet paru dans votre journal le mois dernier intitulé « Que devient le Front social ? », votre organisation exprime ses divergences avec notre collectif. Même si, sans remonter jusqu’aux rapports entre Proudhon et Marx résumés dans le récent film consacré à ce dernier, le droit à la critique et la controverse sont fondamentaux au sein du mouvement ouvrier, on se dit qu’on a à faire ici à une étrange obsession alors que, dans votre numéro de cet été, les articles relatifs à la rentrée sociale et au dernier congrès de Solidaires étaient déjà peu amènes à l’égard de son action.

Peut-on qualifier de bulle médiatique, voire de groupuscule, un mouvement qui compte, moins de six mois après son lancement, une soixantaine de collectifs locaux et plus de cent cinquante organisations au plan national ? Comment nous taxer de mettre sur pied une nouvelle organisation alors que nous sommes non seulement attachés à nos centrales respectives mais que nous voulons regrouper tous ceux qui veulent en découdre avec Macron, là où c’est justement l’absence de coordination qui pèse dans le rapport de force ? Enfin, si on parle moins du Front social ces derniers temps, n’est-ce pas parce que son orientation a depuis prospéré à travers un début de riposte aux ordonnances, tout comme nos constants appels à l’unité qui ont pris corps avec la réunion appelée par Solidaires le 4 octobre dernier ?

Enfin, terminer en nous invitant à faire notre travail de syndicalistes de lutte et de classe au sein de nos organisations plutôt que à l’extérieur de celles-ci, c’est mépriser le travail syndical de camarades qui ont décidé, forts des leçons de la mobilisation de l’an dernier contre la loi Travail, d’ajouter une corde à leur arc en construisant le Front social, qu’ils viennent de SUD Commerce dont l’apport à la lutte des livreurs de Deliveroo est d’ailleurs souligné dans le même journal, de SUD Poste 92, majoritaires dans leur département, ou d’Info’Com CGT dont la communication a le tort d’être plus audible que celle de leur confédération.

Plus encore, dans votre chartre constitutive, il est question de « la formation d’un Front social des organisations syndicales et associatives de lutte, autour d’un programme revendicatif commun, en toute indépendance des partis politiques et de l’Etat. » La cohérence avec cet objectif devrait plutôt conduire votre organisation à s’investir dans le Front social existant, tout comme cela a été le cas pour l’auteur de ces lignes dans le collectif On Bloque Tout que vous avez initié, plutôt que de le dénigrer sans cesse, dans votre publication comme dans les syndicats où nous militons ensemble.

Laurent Degousée (SUD Commerce, membre du Front social)


Notre réponse :

Dans une réponse parvenue à notre journal, un des animateurs du Front social nous accuse « d’une étrange obsession » pour son collectif qui regrouperait pourtant près de 150 organisations et 60 collectifs locaux, justifiant ainsi que l’on y prête quelque intérêt dans ces colonnes. Ces collectifs locaux qui regroupent des réalités forts variées et sont bien souvent l’alliance des bonnes volontés du coin pour résister ne sont d’ailleurs en rien la cible des critiques que nous adressons à « l’animation nationale » de ce collectif.

De même, c’est nous faire un mauvais procès que de nous reprocher de ne pas soutenir l’orientation du FS. Unité, construction de la grève générale : nous n’avons pas de désaccord avec cela nous le disions dans le précédent numéro et l’avons maintes fois écrits.

Par contre, nous avons un problème avec les pratiques avant-gardistes et la mystification qui consiste à faire croire qu’en regroupant quelques militant-e-s politiques et syndicaux/ales très actifs/ves on peut faire croire « au regroupement de toutes celles et ceux qui veulent résister à Macron ». Faire et dire cela, c’est faire l’impasse sur le travail qu’il nous reste à faire : celui de la conviction. D’abord, de convaincre les collègues que les projets du gouvernements sont néfastes pour elles et eux, ensuite qu’il est utile de se mobiliser par la grève pour les bloquer et de tenter de convaincre le plus grand nombre de cela. C’est bien sûr un travail ingrat de tournée, de discussions, d’heures d’informations etc. Mais ce travail ingrat, certains camarades du Front social le mènent déjà dans leur entreprise, par exemple à La Poste et sont réprimés par la boite pour cela.

C’est pourquoi nous comprenons d’autant plus mal que ce ne soit pas ça qui soit mis en avant comme perspective au lieu de vaines attaques contre les « directions syndicales ». Aujourd’hui, nous avons des difficultés à mobiliser. La stratégie intersyndicale est un facteur. Mais il est loin d’être le seul et ce n’est pas en masquant les difficultés rencontrées par les militant-e-s révolutionnaires sur les lieux de travail derrière quelques slogans et grandes phrases que nous avancerons vers la construction d’un réel front unitaire.

 
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