Echanges internationaux : Touristes, nous ? Jamais

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Le tourisme et les voyages c’est facile. Se rencontrer réellement par-delà des frontières, ça l’est beaucoup moins. Depuis près de dix ans, les Ceméa Pays-de-la-Loire tentent la rencontre internationale réciproque et solidaire. Expériences pour rire ensemble, causer de nos pays et de nos cultures, mais aussi chambouler notre quotidien.


Cet article est issu d’un dossier spécial sur l’éducation populaire


La « mobilité », on la croise partout. Dans les études ou au boulot, il faut être capable de bouger, de s’adapter. Mais cette « mobilité » n’est certainement pas la même pour tout le monde. Pour une partie de la jeunesse européenne de classe moyenne, l’expérience internationale est devenue un rite de passage, un plus indispensable sur le CV. Elle peut prendre plusieurs formes : année en Erasmus, stage à l’étranger, année de coupure post-études… Cette mobilité est choisie et accompagnée, vécue comme un moment fondamental de construction de soi.

Pour une autre partie de la jeunesse, cette mobilité est subie et précaire : c’est la migration vers les bassins d’emplois, la nécessité de s’éloigner de ses ami-e-s et de sa famille pour pouvoir gagner un peu de thunes ou pour trouver un logement.

A l’échelle internationale, cette in­justice est multipliée par 100 : le flux des touristes dans un sens, celui des migrantes, migrants et exilé-es dans l’autre. Entre les deux, un ensemble de dispositifs de répression et de mort qu’on appelle les frontières. Une facilité de plus en plus grande de déplacement pour certains accompagne la multiplication des camps et des murs pour contenir les autres.

Aux Ceméa Pays-de-la-Loire, les projets d’échange de jeunes – avec l’Italie, l’Allemagne, la Palestine ou encore la Tunisie – se confrontent à ces questions par l’action concrète : une vingtaine de jeunes se rencontrent pendant une dizaine de jours. Des jeunes qui ne partent pas forcément d’habitude, pour qui le voyage à l’étranger n’est pas une routine.

Se préparer à accueillir chez soi

Les échanges de jeunes font se poser toutes les questions qu’on a sur nos vies, sur les rapports avec nos familles, sur notre vision du monde, et la religion dans tout ça, et le travail, la pauvreté, la police qui nous lâche rarement, la musique…

Mais ce n’est pas si simple de construire un collectif quand on est une vingtaine, qui ne partagent pas forcément les mêmes habitudes de ménage ou le même rythme dans la journée… Se rencontrer, c’est aussi cons­truire une vie quotidienne ensemble, ne pas se marcher sur les pieds, se parler. L’éducation populaire passe aussi par là, par l’expérimentation d’un collectif qui ne soit ni la famille ni une institution.

Tout cela avec une exigence de réciprocité. Lorsqu’on est allé quelque part, il faut se préparer à accueillir chez soi, se battre avec les préfectures pour faire venir les gens et qu’ils puissent vivre aussi cette expérience.

Bien sûr, tout n’est pas rose, ces échanges drainent leur lot de questions : quels compromis avec les institutions pour rendre tout ça possible ? Comment mener des projets égalitaires quand nos situations de départ ne le sont pas du tout ? Comment ne pas reproduire la logique touristique et créer des liens de long terme ?

Mais peut-être qu’amener des questions c’est finalement le plus important. Sortir des certitudes pour pouvoir avancer, là-bas comme ici.

Rom, militant des Cemeas


Témoignages, photos sur http://international.cemea-pdll.org

 
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