Échos d’Afrique : L’aide en question

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Si l’intention est bonne (et largement préférable au tourisme de masse, indifférent, nuisible et envahissant), et si des avancées ponctuelles sont effectuées dans tel ou tel village ou quartier, l’aide ainsi apportée a cependant des effets nuisibles, et s’inscrit dans un système qui reste de forme coloniale.

D’ailleurs, l’enfer colonial a toujours été pavé de bonnes intentions humanistes, qui accompagnèrent et rendirent populaire l’aventure coloniale des XIXe et XXe siècles. L’afflux d’aide dans les pays pauvres crée un système de dépendance et de dévalorisation. Les habitantes et habitants des pays aidés sont ainsi plus incités à demander et attendre qu’on leur apporte de l’aide plutôt qu’à s’organiser par eux-mêmes, ou faire pression sur leurs pouvoirs publics.

Comment croire en nos capacités, en tant que peuple, quand depuis des générations, tous les biens publics (routes, marchés, écoles, dispensaires, puits, etc.) nous ont été apportés par des étrangers  ? Et quand nos pouvoirs politiques ou traditionnels courbent l’échine devant les représentants étrangers en espérant grappiller quelques miettes de leur richesse  ?

La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. Et c’est le plus difficile à accepter, quand on veut agir pour un monde d’égalité, et que l’on se retrouve en situation archidominante, et surtout privilégiée. Car par rapport aux «  bénéficiaires  » de notre aide, nous croulons sous les privilèges, à commencer par celui de pouvoir voyager librement chez eux, et même d’avoir l’intention d’aller les aider  ! Outre la difficulté à trouver une «  juste  » posture dans l’aide, ni paternaliste, ni ethnocentrée, le problème est également le manque de lecture politique de la situation.

Or la situation d’inégalité actuelle résulte en grande partie de la politique coloniale d’hier et d’aujourd’hui  ; et le «  développement  » est également une question politique  ! Les peuples étaient organisés avant la colonisation  ; ils pourraient aujourd’hui encore gérer à leur façon leurs biens et services publics, leur alimentation, leur santé, leur éducation, leurs ressources, etc.

Il faudrait pour cela une (r)évolution politique, et non pas seulement un apport d’aide technique ou matérielle. Or cette transformation ne peut avoir lieu qu’avec une évolution des mentalités, et notamment une (re)prise de confiance des peuples dans leur capacité à s’organiser, sans l’aide des pays dits développés. Et c’est justement cette confiance qui est mise à mal par l’afflux d’aide, provenant de pays qui profitent encore du système colonial.

Noël Surgé (AL Carcassonne)

 
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