Échos d’Afrique : Le Cameroun selon Michèle Abé

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Au cours du mois de mars, une jeune militante camerounaise a donné une série de conférences en France sur invitation de l’association Survie.

Présentation  : À 32 ans, Michèle Abé fait partie de ces jeunes Camerounais·es qui n’ont connu que la présidence de Paul Biya qui était déjà au pouvoir depuis plus de quatre ans quand elle est née.

Impliquée depuis dix ans au sein de l’association Fondation Conseil Jeune, elle est aujourd’hui la coordinatrice d’un réseau national d’organisations de jeunesse qu’elle a contribué à structurer, la Pijedeca, qui s’oppose au statu quo de la gérontocratie camerounaise par la mobilisation et la participation des jeunes autour des questions politiques, économiques et sociales.

Selon elle, la jeunesse est le principal atout et espoir pour son pays dont la moitié de la population a moins de 18 ans. Les jeunes se bougent, réinventent tous les jours le travail, l’emploi, s’arriment aux nouvelles technologies, et rêvent de changements.

En revanche, Michèle Abé est beaucoup moins positive sur la situation politique  : outre l’immobilisme et la corruption endémique du système en place depuis l’indépendance, le Cameroun est actuellement engagé dans deux conflits armés coûteux et meurtriers  : d’une part contre Boko Haram au Nord, et d’autre part dans une guerre civile dans les deux régions anglophones du Cameroun depuis octobre 2017.

Plus de 400 000 déplacés internes, 30 à 40 000 réfugiés au Nigéria voisin, des villages pillés et incendiés par l’armée régulière... avec laquelle la France maintient sa coopération militaire.

Par ailleurs, Paul Biya a été officiellement réélu en octobre dernier lors d’un simulacre d’élections  ; et le principal opposant (Maurice Kamto) est emprisonné depuis fin janvier avec plus de 200 manifestant⋅es qui contestaient les résultats.

Si une majorité des camerounais⋅es ne veulent plus du dictateur en place, Michèle Abé regrette que leur mobilisation en masse soit difficile car la population porte encore en héritage la peur issue des violences de la guerre d’indépendance (la France et ses alliés ont torturé et massacré des centaines de milliers de personnes pour garder la mainmise sur le pays), et que les échecs des dernières mobilisations en date ajoutent au découragement. De plus, Biya et son clan bénéficient toujours de soutiens extérieurs aux premiers rangs desquels se trouve la France, toujours aux cotés du pouvoir en place depuis l’indépendance.

Mais pourquoi Michèle est-elle venue en France raconter tout cela, sachant les risques que cela peut impliquer à son retour  ? «  Je crois fermement que ce sont nos efforts concertés, vous là-bas et nous ici, qui contribueront à ce qu’un jour au-delà de l’alternance, le peuple retrouve son véritable pouvoir et décide en son âme et conscience de la façon dont il envisage ses relations avec le reste du monde. »

Noël Surgé (AL Carcassonne)

 
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