Échos d’Afrique : Symptômes coloniaux pour l’« outre-mer »

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Le 4 novembre, les Kanak et autres habitants de longue date de Kanaky sont appelés à se prononcer par référendum sur la question «  Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante  ?  ».

Ce vote est censé achever un processus de décolonisation par étapes initié en 1988, suite à l’assaut sanglant de la grotte d’Ouvéa. Mais qu’entend-t-on réellement par «  décolonisation  »  ?

Si la Nouvelle-Calédonie-Kanaky est inscrite sur la liste des territoires à décoloniser de l’Onu (de même que la Polynésie française), comment désigner tous les «  confettis  » de l’Empire français éparpillés autour du globe  ? Le terme «  outre-mer  » ne serait-il pas le cache sexe de situations coloniales  ?

La France possède de nombreux territoires éloignés de la métropole qui présentent des caractéristiques coloniales.En voici quelques-unes (liste issue d’un travail collectif interne à Survie)  :

  • une situation économique coloniale, produisant des ressources pour la métropole et important les produits français  ; isolée de l’environnement économique local, avec des monopoles issus de l’histoire coloniale et esclavagiste (main mise sur le foncier, l’import-export…)  ;
  • une domination et une aliénation culturelles, rabaissant et folklorisant les coutumes locales, langues, artisanats, etc.  ;
  • une présence historique de la France, avec des logiques de peuplement afin que la présence française ne soit pas remise en question  ;
  • des discriminations dans le droit et ou dans les faits  ; des privilèges pour les Blancs  ;
  • une présence militaire française, avec souvent des fonctions de police  ;
  • des violences physiques, allant jusqu’à l’assassinat politique  ;
  • des politiques de contrôle des corps (expulsions de Comoriens à Mayotte, stérilisations forcées à la Réunion, etc.)

Ces faits sont pour la plupart révoltants, et légitiment pleinement les volontés d’indépendance, auxquelles on oppose un discours politico-médiatique efficace  :

«  mieux vaut la protection et le soutien financier de la France (malgré quelques inconvénients), qu’une indépendance incertaine, que vous ne saurez sans doute pas gérer, pouvant conduire à la misère comme chez vos voisins, et soumise à la violence des prédateurs extérieurs du capitalisme libéral  ».

Or, ce discours fait abstraction des inégalités et des prédations (françaises) qui perdurent, mais il fait aussi l’impasse sur l’émancipation des colonisés. Ces arguments reviennent aujourd’hui à propos du référendum en Kanaky.

Mais, quel qu’en soit le résultat, même si le «  oui  » l’emportait et que la souveraineté était rendue au peuple Kanak, cela ne serait qu’un pas vers une décolonisation à poursuivre... car la France a toujours su gérer des décolonisations en trompe l’œil, assurant le maintien de ses intérêts économiques et militaires comme dans beaucoup de ses anciennes colonies d’Afrique.

Noël Surgé (AL Carcassonne)

 
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